J’espérais beaucoup trouver à Kong un document historique quelconque ou quelque légende sur l’établissement des Mandé-Dioula dans la région, et les péripéties qu’ont traversées jadis la région et les États voisins. Il n’existe malheureusement rien de semblable ici[68]. Une lettre de recommandation d’El-Hadj Mahmadou Lamini ez-Znéin, de Ténetou, pour l’almamy Saouty me donnait quelque espoir ; l’almamy malheureusement est mort et je n’ai pas trouvé auprès de ses fils quelque chose qui pût me renseigner.
Voici ce que j’ai appris : Kong aurait été fondée à la même époque que Djenné (1043-44). Ce n’est pas impossible, mais j’en doute fort, car dans aucune histoire arabe il n’est fait mention de l’existence de cette ville, et les premiers voyageurs qui révèlent l’existence de montagnes à Kong et d’un pays portant ce nom sont : Mungo-Park et Bowdich. Barth, lui, parle de l’existence d’une ville de Kong.
D’après mes informations, le pays était anciennement habité par :
Les Falafalla, se rattachant ethnographiquement aux Tagouano, rive droite du Comoé ;
| Les Nabé, | ⎱ ⎰ | se rattachant aux Pakhalla de la rive gauche duComoé ; |
| Les Zazéré, |
Les Miorou, se rattachant aux Komono, à cheval sur le haut Comoë.
Avant l’arrivée des Mandé-Dioula dans la région, Kong existait déjà, mais était une localité sans importance. Les Mandé-Dioula n’obtinrent pas des autochtones l’autorisation de s’y fixer, mais habitèrent Ténenguéra et un petit village disparu aujourd’hui (à deux ou trois kilomètres de la ville) que l’on nommait Limbala.
Les Mandé sont venus de deux directions différentes.
Les familles Ouattara, Daou, Barou, Kérou et Touré seraient venues du nord, de la région Ségou-Djenné. Les Sissé, Sakha, Kamata, Daniokho, Kouroubari, Timité, Traouré et une branche des Ouattara, eux, seraient originaires de la région Tengréla-Ngokho et surtout des villages situés sur la route du Ouorodougou à Tengréla (de Tengréla à Tombougou).
Leur apparition par ici ne se fit pas en masse et ne peut être comparée à une migration générale ; c’est au contraire par petits lots qu’ils sont venus, comme le font les Foulbé.