« Un de nos princes, nommé Iamory, qui réside dans le pays de Kimini, a envoyé son hôte, le chrétien, vers notre prince nommé Soukouloumory. Soukouloumory l’a envoyé vers Karamoko le Rouge, dans notre pays, pour que Karamokho le présentât à l’émir de notre pays Diarawary Ouattara. Lorsqu’on nous a parlé de ce chrétien, nous avons entendu de très mauvaises paroles sur son compte. C’était avant son introduction auprès de nous. Dès qu’il s’est présenté devant nous, nous l’avons interrogé sur ce qui le concernait, puis nous l’avons mis à l’épreuve au sujet de son affaire.

« Mais nous n’avons rien trouvé en lui, si ce n’est des idées de bien et de trafic. Nous en sommes restés là jusqu’au jour où ce chrétien a manifesté le désir d’aller de chez nous au pays de Mossi ; et il a laissé chez nous une des femmes de son convoi, qui est en état de grossesse, car son intention est de revenir vers nous.

« Et la raison pour laquelle j’envoie ce chrétien, avec cette lettre, vers toi, ô Othman Kouroubari, qui résides dans le pays de Nassian, c’est pour que tu le conduises auprès de l’émir des Komono, nommé Bakari, qui le conduira vers le maître, fils de maître, le chef, fils de chef, nommé Abd el-Kader et surnommé Karamokho Koutoubou, dans le pays de Sidardougou, qui le conduira auprès de Mohammed, fils de Kankan, dans le pays de Kotédougou, qui le conduira enfin auprès de notre maître, l’objet de nos espérances après Dieu, Kongondinn, et auprès de son frère Pinetié.

« O notre maître, par Allah, par son prophète, par les liens de parenté qui nous unissent, je t’adjure de conduire ce chrétien-là où il désire aller.

« Salut soit sur celui qui suit la voie droite ! »

En somme, c’est une série de recommandations qui assure ma route jusqu’à la limite nord des États de Kong ; et le dernier chef qui devra me protéger vers le Mossi est Kongondinn, « enfant de la brousse », un des petits-fils de feu Sékou Ouattara. Un de ses hommes qui est à Kong en ce moment doit me rallier en route et me servir de guide.

11 mars. — Quelle journée fatigante ! j’ai fait encore quarante visites, par une chaleur atroce ; tout le monde me souhaite un prompt retour ; les vœux de réussite d’une bonne partie de la population m’accompagnent.

12 mars. — Départ à cinq heures du matin. Karamokho-Oulé, son frère, son fils, Mokhosia, les habitants influents de mon quartier, de celui de Daoura et de Marrabasou, m’accompagnent jusqu’à environ un kilomètre de la ville et me font leurs adieux sous un gros arbre vert, comme il est de coutume par ici.

Karamokho-Oulé me fait accompagner par mon hôte Bafotigué et un jeune homme ; ils ne doivent me quitter qu’après m’avoir remis entre les mains de Bakary, roi des Komono.

Voici la composition de mon convoi au départ :