Afin d’éviter ces retards, en arrivant à l’étape mes indigènes avaient ordre immédiatement de reconnaître tous les chemins et où ils menaient. J’étais arrivé à les dresser et à en faire d’habiles limiers.

Voici comment ils s’y prenaient : en allant au fourrage ou au bois et quand ils rencontraient du monde rentrant au village, ils s’abouchaient avec les voyageurs, leur souhaitant le bonjour et leur demandant au hasard des nouvelles d’un village que nous savions à proximité et sur la route à suivre. Si réellement ils venaient de cet endroit, la route à suivre était connue ; dans le cas contraire, le marchand ou le voyageur ne manquait pas de répondre : « Mais je ne viens pas de tel endroit, la route est à droite ou à gauche de celle-ci », ou bien ils indiquaient de la main la direction.

Chez les Siène-ré, où j’étais plus versé que mes noirs dans la langue du pays, c’est moi qui faisais ce métier.

Mon départ est fixé au lundi 12 mars, d’accord en cela avec Diarawary et Karamokho-Oulé, qui me remettent une lettre de recommandation, sorte de sauf-conduit qui doit me permettre de passer partout.

J’en donne ci-dessous le fac-similé[72] et sa traduction :

Fac-similé du sauf-conduit délivré par les gens de Kong.

« Louanges à Dieu qui nous a donné le papier comme messager et le roseau comme langue ! Que les bénédictions et la paix de Dieu soient sur son prophète Mahomet, seigneur des hommes d’autrefois et des hommes d’aujourd’hui !

« Certes cette lettre émane de Diarawary Ouattara, émir de notre pays, lieutenant du Généreux.

« Toute chose a une cause. Voici donc ce qui motive cette lettre :