En route et au fur et à mesure que j’avançais, de nouveaux renseignements venaient confirmer ou annuler tout ou partie de mon travail, et voilà comment je procédais à des vérifications et à des rectifications. Arrivé dans un centre ayant quelque importance, lieu de marché ou point de passage de marchands, je m’installais dans le village, liant connaissance avec les habitants. Sachant parler convenablement le mandé, je ne manquais jamais d’amis, grâce aussi un peu aux cadeaux que je distribuais judicieusement.

Dans nos conversations, et sans avoir l’air de les interroger, j’apprenais le nom des divers États que l’on rencontrait successivement en allant vers les quatre points cardinaux. Une fois au courant des grosses lignes, je m’informais des centres principaux, et, de proche en proche, au bout d’une quinzaine de jours, j’arrivais à ébaucher quelques itinéraires.

Le malheur, c’est que le crayon et le calepin sont absolument prohibés : le papier excite la défiance chez l’indigène, de sorte qu’il faut faire de prodigieux efforts de mémoire pour se rappeler ce que l’on apprend par eux.

Les jours de marché, quand les indigènes des pays voisins arrivaient, ils ne manquaient pas de venir satisfaire leur curiosité et me rendaient visite. Là aussi il fallait lutter de ruse, je prêchais souvent le faux pour savoir le vrai, afin de me faire indiquer de quelle région et de quelle direction ils venaient. Après une conversation laborieuse d’une heure, ils ne manquaient jamais de me demander si je passerais dans leur pays. Sans rien leur affirmer, je leur disais que tout dépendrait de la viabilité des chemins, du passage des cours d’eau, de la longueur des étapes, de l’accueil que je recevrais des chefs, etc. Dans l’espoir d’obtenir un beau cadeau à mon prochain passage, ils me renseignaient sur le nombre d’étapes, la nature des cours d’eau à traverser et le nom des chefs à visiter.

Ce travail est laborieux, très laborieux ; mais il est utile et je dirai indispensable. Je n’ai jamais quitté une localité sans avoir au préalable, dans ma poche, un ou deux itinéraires différents et latéraux à la route que je me proposais de suivre, de façon qu’à la moindre difficulté je pusse me rejeter sur l’un d’eux et continuer ma route même, au pis aller, sans guide.

Je partais donc toujours dans d’excellentes conditions.

A ce propos, je ne manquerai pas de recommander d’avoir à se passer du secours d’un interprète, de ne pas poser de question brutalement, d’agir avec beaucoup de circonspection et d’amener l’indigène à vous parler de son pays sans qu’on ait l’air de l’interroger. Avec cela, il faut une excellente mémoire, contrôler souvent et surtout ne pas sortir de calepin.

D’autres fois, c’étaient mes hommes, de connivence avec moi, qui interrogeaient, et, dissimulé dans ma case, je notais soigneusement tous les noms propres et les directions.

Voilà pour les renseignements généraux, assez vagues quelquefois, mais prenant, par la suite, et avec de la patience, une consistance suffisante pour les considérer comme exacts.

Dans certains villages, quoique bien accueillis dans un but de lucre ou de trop franche hospitalité, on voulait quelquefois me retenir et ne pas me fournir de guide le lendemain pour l’étape suivante.