Dès que l’achat de mon cheval et des pagnes fut terminé, je priai Karamokho-Oulé de vouloir bien conférer avec moi sur le choix de la route à prendre pour gagner le Mossi. Les deux routes données par Barth, dans ses itinéraires, comme reliant directement le Mossi à Kong, n’existent plus. Peut-être n’ont-elles jamais existé. Aucun des villages cités par lui n’est connu ici. Quand on veut aller de Kong dans le Mossi, on se rend soit dans le Gottogo pour y prendre un des chemins menant par Bouna et Oua à Waghadougou, soit à Salaga, afin d’y gagner la grande route Salaga, Oual-Oualé, ou bien on passe par le Dagomba, Yendi, Sansanné-Mangho, Noungou et Koupéla.

Il existe également un chemin qui, du territoire des Komono, se dirige vers le Lobi, par le pays des Dian-ne, Diébougou, le Bougouri et Ouahabou.

Il aurait certes été bien intéressant pour moi de visiter les territoires aurifères du Lobi, mais je ne me sentais pas suffisamment protégé pour entreprendre ce voyage et il me semblait du plus haut intérêt, pour assurer le succès de mon entreprise, de voyager le plus longtemps possible sous la protection des gens de Kong. C’est pourquoi j’optai pour l’autre communication, la route Kong-Djenné, qui est très fréquentée et beaucoup plus courte que les autres, quoique moins directe.

Elle passe à Bobo-Dioulasou, et se dirige ensuite vers le nord-est à travers le Dafina sur Waghadougou.

Je me réservais, après avoir visité le Mossi et touché à l’itinéraire de Barth vers le Libtako, de prendre une des autres routes pour retourner à Kong, d’où je pourrais peut-être, comme on me l’a fait espérer, gagner facilement la côte par l’Anno, Groumania et la rivière Comoé.

J’allais quitter Kong dans d’excellentes conditions : mon séjour ici m’avait été profitable au point de vue des renseignements géographiques ; j’avais pu faire une ample moisson d’itinéraires.

Quelques informateurs ont poussé l’obligeance jusqu’à m’initier à la longueur des étapes à l’aide de bouts de paille servant de mesures de comparaison. Le mandé-dioula est réellement précieux dans beaucoup de cas. Quand, après-demain, je me mettrai en route, j’aurai en ma possession deux excellents itinéraires par renseignements de la route à suivre.

A ce propos, je vais dire en quelques mots comment j’ai dû procéder en route pour me diriger.

Avant de partir, muni de tous les renseignements contenus dans les auteurs arabes anciens, El-Békri, Ebn Khaldoun, Ebn Batouta, etc., possédant tout ce qui a paru dans les ouvrages des explorateurs modernes, Barth, Bowdich, Caillié, j’avais déjà pu me constituer une sorte de carte par renseignements, contenant souvent, il est vrai, des renseignements tronqués, mais où il se trouvait aussi, semés au hasard, certains noms de pays exacts, mais mal placés.

Arrivé à Bammako, à l’aide des tirailleurs en garnison dans ce poste je me constituai une série d’itinéraires par renseignements à travers les États de Samory et de Tiéba, ainsi que les noms des pays qui limitaient à peu près le domaine de ces deux souverains.