Qu’ont-ils fait ? Ils ont établi, de proche en proche, des familles de Kong dans tous les villages situés sur le parcours de Kong, à Bobo-Dioulasou d’abord, à Djenné ensuite. Ils ont mis cinquante ans pour doter chaque village fétichiste d’une ou deux familles mandé.

Chacun de ces immigrants a organisé une école, demandé à quelques habitants d’y envoyer leurs enfants ; puis peu à peu, par leurs relations avec Kong d’une part, les autres centres commerciaux d’autre part, ils ont pu rendre quelques services au souverain fétichiste de la contrée, captiver sa confiance et insensiblement s’immiscer dans ses affaires.

Y a-t-il un différend à régler, c’est toujours au musulman que l’on s’adresse, d’abord parce qu’il sait lire et écrire, ensuite parce qu’il a la réputation d’être un homme de bien en même temps qu’un homme de Dieu.

Arrive-t-il que le musulman ambassadeur échoue dans sa mission, il ne manque pas de proposer au roi fétichiste d’employer l’intermédiaire des gens de Kong.

Du coup, voilà le pays placé sous le protectorat des États de Kong.

Les Mandé-Dioula de Kong ont ainsi essaimé sur toutes les routes qui mènent à un centre où leur commerce et l’écoulement de leurs produits les appellent.

Même dans les territoires appelés par les Mandé-Dioula : Bambaradougou[70], pays fétichistes limitrophes de leurs États, le chef ne décidera jamais sans consulter et prendre l’avis du karamokho ou du kémokhoba[71] le plus voisin de son village.

Le prestige dont jouissent les musulmans de Kong est considérable ; ils travaillent avec une méthode, une patience et une ténacité remarquables.

Leur influence s’étend partout, sauf dans le sud-ouest. Ils ont en effet jusqu’à présent presque négligé entièrement la direction de Tengréla et celle du Ouorodougou. Dans l’ouest, leurs colonies s’étendent par Nafana vers Djindana et Kouakhara dans le Tagouano ; mais, vers le sud, elles ne dépassent pas le Djimini et l’Anno.

On voit par tout ce que j’ai eu l’occasion de dire sur Kong et ses habitants que les Mandé-Dioula constituent une population active, laborieuse et intelligente. J’ajouterai que le fanatisme religieux est absolument exclu chez eux et que l’esprit de caste a presque disparu. Ainsi on ne voit pas un seul griot chez les Dioula, et tout le monde s’occupe de tissage et de teinture, tandis que chez les autres peuples que j’ai visités, tout ce qui n’est pas cultivateur et guerrier fait partie d’une caste inférieure et méprisée.