La région que l’on traverse est en général plus boisée que toute la rive gauche du Bagoé. A partir de Fourou dans le Pomporo et le Follona on trouve bien quelques endroits boisés, mais ils sont beaucoup plus rares qu’ici où, quoique les arbres aient perdu leur verdure, le pays est plus riant que ne l’est le Soudan en général. Il y a beaucoup de gibier, surtout des biches et de petites antilopes.

Les cultures ne comportent qu’une variété de mil : le sanio, petit mil en épis qui se récolte en décembre et janvier, et une variété de sorgho : le bimbiri, gros sorgho rouge et blanc, qui se récolte en novembre. La base de l’alimentation est le kou (igname) dans ses diverses variétés. On ne cultive presque pas d’arachides, juste ce qu’il faut pour préparer quelques sauces de temps en temps. Les fruits dont j’ai déjà parlé sont plus rares sur cette route, on ne voit guère que des papayes, et les bananiers sont chétifs ; du reste, toutes les bananes du marché de Kong viennent sans exception des villages situés à deux, trois, cinq et même huit journées de marche plus au sud.

On rencontre les mêmes essences d’arbres que dans le Soudan français. J’ai cependant constaté que le gommier est très abondant et de plusieurs variétés. J’en ai fait cueillir au hasard quelques larmes, qui ne sont pas uniformément nuancées ; elles ressemblent aux gommes de la forêt d’El-Fatak, près du lac Cayar, ou à celles d’El-Ebiar (gomme rouge), près du marigot des Maringouins (Bas Sénégal). Quant à la gomme blanche, semblable à celle de la forêt de Sahel, chez les Trarza, et que l’on traite à Dagana, elle m’a paru fort rare.

Les deux indigènes de Kong qui m’accompagnent m’ont de suite demandé si nous achetions cela, se promettant, quand il y aura un chemin sûr vers la côte, d’en faire transporter des charges par leurs captifs.

En quittant Kong, le terrain se relève sensiblement vers l’est, et l’horizon est borné par plusieurs rangées de collines boisées derrière lesquelles on voit, après quatre jours de marche, émerger le sommet et les flancs d’une montagne dénudée dont j’évalue l’altitude à 1800 mètres. Cette montagne n’a pas de nom particulier, on l’appelle Komono konkili (montagne des Komono). Je suppose que c’est en atteignant la base de ce soulèvement que le Comoé change brusquement de direction et abandonne la direction est-sud-est pour prendre celle du sud-sud-est.

Le granit est toujours abondant ici, mais on trouve aussi, parsemées dans toutes les terres végétales, des paillettes de mica de 25 à 30 centimètres carrés de surface qui brillent d’un vif éclat au soleil ; j’en ai rapporté quelques échantillons ; on en trouve incrustées dans les cailloux, dans les murs des cases, mélangées au quartz, etc.

Je fis étape successivement à Fasélémou, Nasian, Botto, Kémokhodianirikoro, Farakorosou et Niambouanbo, résidence du chef des Komono. Aucun de ces villages ne mérite une description particulière ; ce sont presque tous des konkosou (villages de culture) de 25 à 100 habitants ; il n’y a que Nasian et Farakorosou qui soient des villages un peu peuplés (environ 500 habitants). Jusqu’au fleuve ils sont habités par des Mandé-Dioula. Passé le fleuve, on entre dans le pays des Komono[73] ; les cases rondes des Mandé font place aux grandes cases rectangulaires des Komono, pareilles à celles des Dokhosié. Les vêtements décents des Mandé sont remplacés par le bila, et bien souvent par rien du tout chez les personnes de tout âge et des deux sexes, ce qui donne à l’œil l’occasion de sonder des régions qu’il ne lui est pas permis d’explorer en France.

Dans tous les villages où j’ai fait étape, j’ai été bien accueilli et partout il m’a fallu refuser de prolonger mon séjour, tous mes hôtes ayant insisté pour me faire rester un jour chez eux.

Grandes cases des Komono.