« Demandez à Dieu pour moi la sécurité, le salut, ainsi que sa protection, comme je la demande pour vous.

« Salut sur celui qui suit la voie orthodoxe. »

Karamokho-Oulé m’a raconté, à propos du général Faidherbe, que El-Hadj Omar à son arrivée dans le Macina envoya l’ordre à Kong d’avoir à se soumettre. Les chefs de Kong envoyèrent alors Karamokho-Oulé et quelques notables à Hamdallahi pour prier El-Hadj Omar d’abandonner ce projet. Karamokho-Oulé revint sans solution, mais Kong était sauvé, car El-Hadj mourut quelque temps après, à la grande satisfaction de la population de Kong.

Dimanche 25. — J’ai dû prolonger mon séjour à Niambouanbo jusqu’au 25, attendant toujours l’arrivée de l’homme de Kongondinn qui doit m’accompagner jusqu’à Kotédougou et qui devait me rejoindre deux jours après mon départ de Kong. Bakary, chef des Komono, n’a du reste fait aucune difficulté pour me laisser partir et a mis un homme à ma disposition pour continuer ma route.

Après une courte étape j’arrive à Tiébata, village habité par des Komono et deux ou trois familles mandé-dioula. Je suis bien accueilli dans ce village ; le soir même on m’envoie un guide pour me permettre de me mettre en route le lendemain de bonne heure. Dans les pays habités par les Mandé-Dioula il est d’usage de donner comme rétribution aux guides ou personnes qui vous accompagnent 200 cauries (sira kili). Serait-ce de cet usage que le sira-kili tient son étymologie ? Sira kili veut dire : 200 cauries ou un chemin.

Lundi 26. — A 2 kilomètres de Tiébata nous traversons un petit village appelé Zibo, situé dans un endroit charmant, plein de verdure. Partout de beaux finsan au feuillage touffu m’invitent à me reposer. Et dire que la veille j’avais eu tant de mal à trouver un campement convenable et que j’ai été forcé de camper au milieu de tombes mal fermées et faites à la hâte comme pendant une épidémie !

Les Komono enterrent leurs morts à l’extérieur du village, tandis que les Mandé-Dioula, comme tous les Malinké, creusent les tombes dans le village même et quelquefois dans la case du défunt, comme je l’ai vu faire chez les Sissé.

Je fais étape à Dialacorosou, petit village exclusivement habité par des Komono. Dans la soirée, en allant me promener aux environs, je trouve, à ma grande surprise, un cours d’eau de 7 à 8 mètres de largeur et très profond. Je suis pendant une demi-heure ses nombreux méandres et constate bientôt que je me trouve en présence d’un bief seulement. En amont et en aval de cette cuvette, la rivière n’a pas d’eau et à peine 1 mètre de largeur. Des Komono y pêchent des grenouilles et des moules, qu’ils dévorent sur place.

Mardi 27. — Cette route de Djenné, pour être assez fréquentée et établie depuis fort longtemps, n’en est pas moins tracée d’une façon peu logique ; c’est la première fois que je vois une route indigène faire tant de circuits inutiles et rendre ainsi les étapes longues et fatigantes. Nous n’entrons à Gouété que vers dix heures, par une chaleur atroce. Gouété est aussi appelé Goté. Il n’a qu’une vingtaine de cases, habitées par deux familles de Komono. Quoique accompagné par un homme de Dialacorosou, je suis mal reçu et mes hommes ont toutes les peines du monde à se procurer un chaudron ; ils sont obligés de moudre et de préparer leur nourriture eux-mêmes, aucune femme du village n’ayant consenti (à aucun prix) à leur faire la cuisine. Le chef me refuse un guide, disant que la route est sûre et qu’il est impossible de s’y égarer, donnant comme prétexte que l’étape est trop longue et qu’il n’a pas l’autorité nécessaire pour ordonner à un homme de m’accompagner.

Si j’insistais pour obtenir un guide, ce n’était que pour m’assurer un bon accueil au village voisin, car pour quelqu’un ayant un peu la pratique des voyages au Soudan, il est difficile de s’égarer. Les chemins de culture se distinguent facilement des chemins fréquentés par les marchands ; ces derniers sont d’abord plus battus et creusés ; à droite et à gauche ils sont bordés par une série de petits trous, empreints du bâton sur lequel s’appuient les femmes porteuses de charges. De kilomètre en kilomètre environ, on rencontre sur les bords du chemin des arbres dont l’écorce des fourches est usée, car jamais un marchand ne pose sa charge à terre : elle est toujours trop lourde pour être rechargée sans l’aide de quelqu’un : c’est pourquoi ils la posent dans les fourches des arbres en l’arc-boutant à l’aide du bâton pour l’empêcher de tomber. Ils peuvent ainsi reprendre leur charge sans le secours de personne.