La famille royale de Niambouanbo.
Lundi 19 mars. — Avec l’autorisation de Karamokho-Oulé, j’ai expédié ce matin mes deux hommes en courrier vers Bammako. Je les ai pourvus de tout ce qui est nécessaire pour une route de cinquante à soixante jours[74].
Ils sont porteurs d’un pli pour le commandant supérieur du Soudan français et de lettres destinées à ma famille. Karamokho-Oulé a voulu de sa main envoyer le salut au général Faidherbe, dont le nom a pénétré jusqu’ici. A Kong on n’ignore pas que c’est lui qui a abattu la puissance d’El-Hadj Omar à Médine.
Voici la traduction de cette lettre :
« Louange à Dieu qui a fait de la lettre un envoyé et de la plume la langue de celui qui parle ! Que la prière et le salut soient sur son prophète généreux !
« Cette lettre a été inspirée par le lieutenant Binger et est adressée à son frère, l’objet de ses espérances et son refuge, le général Faidherbe, par Karamokho-Oulé Ouattara, émir de notre pays.
« O mes frères, lorsque le lieutenant Binger est parti pour se rendre auprès de Kongondinn (un des chefs de la famille des Ouattara habitant la région nord des États de Kong), il n’a trouvé chez nous que bien et félicité.
« C’est à cause de cela que je t’ai envoyé cette lettre, ô Faidherbe, qui es notre frère.
« Salut à vous, Français. Que la paix soit sur vous. Que Dieu vous garde. Que Dieu vous enrichisse ! Que Dieu vous conduise, que Dieu vous honore, que Dieu ne vous délaisse pas. Puisse-t-il ne pas vous couvrir de confusion, tant que le soleil se lèvera et se couchera. Qu’il vous protège, car vous êtes nos frères !