Dans les villages de formation récente, les Dokhosié construisent des cases carrées en terre, recouvertes d’un toit en chaume. La porte, protégée par une véranda, est fermée par une petite natte en bambou. Cette construction est assez confortable, c’est un des types d’habitation des Mandé-Dioula, qui y disposent en outre à l’intérieur quelques rayons en terre pouvant supporter des menus objets, et un petit mur en paravent destiné à cacher le lit.

Dans ce village il y a plusieurs grands cônes en terre ornés de plumes. Ces cônes sont destinés à protéger les habitants contre les esprits malfaisants. A une cinquantaine de mètres du village se trouve en outre une grande case en terre élevée probablement dans le même but, mais dans laquelle je n’ai pu pénétrer.

Les magasins à mil sont recouverts d’un toit sphérique en terre surmonté d’une grosse pierre plate, afin d’empêcher le vent de les décoiffer.

Sur ma prière, un des deux vieux marchands de Kong qui faisaient route avec moi envoya prévenir Karamokho Koutoubou, auquel j’étais adressé, de ma prochaine arrivée à Sidardougou. Le courrier revint bientôt dire que ce notable était absent pour le moment et qu’il me priait d’attendre un jour à Dandougou ou Gandoudougou, qu’il fût de retour à Sidardougou. Je me décidai d’autant plus volontiers à rester un jour ici, qu’un jeune homme se disant le fils de Karamokho Koutoubou vint dans la journée m’annoncer que son père allait arriver le lendemain à Gandoudougou.

Mardi 3 avril. — Ce matin, après le départ de tous les lamokho, le chef du village est venu me voir et me prévenir que Karamokho Koutoubou lui avait envoyé quelqu’un dans la nuit pour le prévenir qu’il se rendrait directement à Sidardougou sans passer par ici, et qu’il était inutile de l’attendre : je n’avais donc qu’à me mettre en route. Comme il était encore relativement de bonne heure, je fis partir mon monde de suite.

En prenant congé de ma vieille diatigué mousso (hôtesse), je remarquai que chaque fois qu’elle voulait me parler, quelqu’un lui coupait brusquement la parole. Cet incident, l’étrange hésitation que mettait Karamokho Koutoubou à me recevoir et la rencontre de deux indigènes qui se détournèrent du chemin pour ne pas avoir à me saluer, éveillèrent ma défiance ; il me sembla que je courais quelque danger et je pris, séance tenante, des précautions pour éviter toute surprise.

Intérieur d’un village de Dokhosié.

Un de mes domestiques et mon palefrenier, envoyés en éclaireurs tandis que je continuais à avancer avec le convoi, se trouvèrent bientôt sur les derrières d’un groupe d’une centaine d’hommes qui délibéraient à une certaine distance sur la droite du chemin. Pendant qu’un de mes hommes les observait, l’autre revenait me rendre compte.

Je fis immédiatement arrêter le convoi dans une petite clairière et entraver mes animaux ; je retirai les cartouches à mes trois hommes armés de fusils, afin de les empêcher de commettre quelque imprudence, me réservant de leur distribuer des munitions si la nécessité s’en faisait sentir.