Une demi-heure après, un de mes hommes revint me prévenir que les gens armés venaient de rebrousser chemin et qu’ils s’étaient dirigés vers Sidardougou, suivis par un autre de mes hommes qui ne les perdait pas de vue.
Comme tout danger était momentanément écarté, je ne crus pas utile de suspendre davantage ma marche et continuai de me diriger sur Sidardougou, où j’arrivai une heure après sans incidents.
Le village, qui est très grand, semblait désert ; pas un habitant ne circulait aux environs et je ne trouvai personne à qui demander seulement de l’eau ou à acheter des vivres.
Il est difficile de s’imaginer ce que le voyageur éprouve lorsqu’il arrive près d’un village et qu’il ne trouve personne à qui parler. Cette hostilité sourde, cette réserve sont plus vexantes qu’une attaque à main armée ; au moins là on peut se défendre, tandis que dans les conditions où je me trouvais devant Sidardougou, on m’opposait une franche inertie.
Les deux vieux Dioula dont j’ai fait la connaissance à Baguisou vinrent me saluer ; ils me racontèrent qu’en route ils avaient rencontré un parti armé qui devait m’attaquer et auquel ils avaient fait rebrousser chemin. Les deux Dioula me prévinrent que tout danger était écarté, que je n’avais qu’à camper et attendre l’arrivée du fils de Karamokho Koutoubou, qui devait arriver ici aujourd’hui.
Dans la journée une pauvre vieille femme m’apporta deux grandes calebasses d’eau. Je ne vis pas d’autres habitants jusqu’à trois heures et demie, heure à laquelle apparut El-Hadj Moussa, fils de Karamokho Koutoubou. Il s’avançait vers le village, précédé de deux jeunes gens carillonnant sur des clochettes, et d’une vingtaine d’écoliers suivant à la file indienne en chantant un air religieux dans lequel se répétaient fréquemment les mots Mohammadou, Mohammady, etc.
El-Hadj Moussa, qui a accompagné son père à La Mecque, pouvait avoir vingt-cinq à trente ans ; il était vêtu très simplement, comme les Mandé-Dioula jouissant d’un peu d’aisance, et cherchait à se donner une contenance à l’aide d’une ombrelle à franges d’une dimension ridiculement petite, rapportée d’Égypte (comme celles qu’ont les fillettes de six à sept ans).
Une heure après, par une pluie battante, on me fit prier de me rendre au bourou (petite mosquée), où les hommes du village étaient rassemblés. Je m’y rendis de suite, et, après m’avoir fait asseoir, le fils du pèlerin commença un petit discours, qu’il débita ou plutôt qu’il récita comme un écolier de huit ans qui répète sa leçon. En voici le résumé :
Arrivée d’El-Hadj Moussa et types de Dokhosié.