Ouolosébougou150habitants.
Ténetoubougoula150
Dabibougou40
Total340habitants.
Population flottante
marchands80habitants.
captifs120
Total général540habitants.

Ce n’est pas parmi ces gens-là, qui vivent dans la terreur, que je pouvais trouver des auxiliaires. Dans ce pays, pour un oui ou un non on vous coupe le cou, sans autre forme de procès. Les pauvres Bambara, dont la condition est très malheureuse, sont les parias de la société ; ils font toutes les corvées, et sont commandés par le premier venu d’une autre nationalité. Ces braves gens nous considèrent un peu comme leur futur libérateur ; d’instinct ils aiment le blanc, et je ne cache pas qu’ils m’inspirent beaucoup de sympathie. Quoique je ne me sois jamais ouvert auprès d’eux, pendant tout mon séjour ils n’ont cherché qu’à m’être agréables. La nuit, l’un d’eux venait furtivement dans ma case y apporter deux ou trois œufs, une poignée de kolas, ou quelques épis de maïs. Comment se procuraient-ils ces choses si simples ? je l’ignore, car ici ils ne possèdent rien, pas même une poule. Quand, dans la journée, je rencontrais de ces malheureux dans le village, ils n’osaient me dire autre chose que le vulgaire ini-tié (bonjour), de peur de se compromettre, et ils continuaient de vaquer à leurs occupations, comme si j’étais pour eux un inconnu.

C’est donc près des marchands originaires de notre Soudan ou du Ségou que j’obtins des renseignements ; et cela au prix de puissants efforts de mémoire, car le crayon doit être exclu de l’entretien.

Quand je recevais la visite de quelques-uns d’entre eux, je ramenais insensiblement la conversation sur la route qu’ils venaient de suivre, les marigots difficiles qu’ils avaient traversés ; et, pour obtenir les distances, je me servais de comparaisons entre des étapes connues d’eux et de moi ; ensuite c’était la future route qu’ils se proposaient de suivre, etc.

Cette tâche m’était rendue encore plus difficile par la grande quantité de villages qui portent le même nom, ou des noms à peu près semblables, tels que les Bougoula, Bougouni, Dialacoro, Banancoro, Sounsouncoro, Sanancoro, Farako, Faraba, etc. Bougoula, Bougouni signifient « grand village » ; les autres étymologies se rapportent à des arbres et signifient « à côté du diala (caïlcédra), à côté du banan (bombax), à côté du sounsoun et du sanan[10] » ; quelquefois cela veut dire aussi « vieux Banan », car coro signifie en bambara : vieux et à côté. Les noms de villages dans la composition desquels entre le mot fara impliquent la proximité d’un marigot.


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Dans nos possessions du Sénégal et du Soudan français, on a pris l’habitude de désigner les marchands sous le nom générique de dioula ; c’est une appellation impropre et qui ne peut qu’amener la confusion dans une relation de voyage.

Le mot dioula sert à désigner une partie très importante de la famille Mandé et n’implique en aucune façon l’obligation de s’occuper de commerce : nous ne l’emploierons donc que lorsqu’il s’agira de désigner des gens de cette race.

Les marchands du Soudan peuvent se diviser en plusieurs catégories :

1o Le marchand momentané, nègre de n’importe quelle race, qui borne son commerce du sel, de la guinée ou du kola à deux ou trois voyages, juste le temps nécessaire pour se procurer une épouse ou un personnel suffisant pour l’exploitation de ses terres et lui permettre de vivre tranquillement dans son village sans rien faire. Il n’est pas marchand de profession.