Djenné n’est pas situé dans une île : quand on vient du sud, il n’y a que le Baoulé à traverser ; mais pendant les hautes eaux il se forme autour de la ville des inondations qui proviennent soit du débordement du marigot de Diafarébé, soit du Baoulé, ce qui permet en hivernage de communiquer en pirogue de Niala et Diombalo, situés sur la rive gauche du Baoulé, avec Séno-Say, et le marigot de Diafarébé en passant contre le tata de Djenné.
En saison sèche les marchandises venant de Tombouctou et passant en transit à Djenné sont débarquées à Niala, portées à bras à Djenné, et de Djenné à Séno-Say, où elles sont embarquées pour Diafarébé. De même, les marchandises venant ou allant à San et tout le long du Baoulé sont débarquées et embarquées à Diombalo.
Niala et Diombalo, ces deux escales du Baoulé, sont situées à une bonne portée de fusil de Djenné. Séno-Say en est éloigné d’un kilomètre environ.
D’après El-Békri, la ville de Djenné fut fondée au commencement du deuxième tiers du Ve siècle de l’hégire (435 ; ère chrétienne 1043-44). Elle était au début païenne. A la fin du VIe siècle de l’hégire (vers l’an 1200), les habitants commencèrent à se convertir. A cette époque le sultan de Djenné, كنبر (probablement Kanbara), embrassa l’islamisme, et les habitants de Djenné suivirent son exemple.
La ville s’enrichit par la suite avec le commerce du sel (de Teghasa) et de l’or (de Bitou).
Ahmed Baba (Zeitschrift der Deutschen Morgenländ.-Gesellsch., Bd IX, S. 528) s’exprime clairement sur l’emplacement de Djenné ; aucun doute ne peut subsister.
Voici son texte :
« Quand le fleuve monte, Djenné se trouve pour ainsi dire dans une île du fleuve ; mais dès que le fleuve baisse, les eaux se retirent de la ville. Du commencement d’août, l’eau du fleuve entoure la ville, et à partir de février l’eau reste éloignée de la ville. »
Il est très curieux de remarquer qu’Ahmed Baba, quoique étant né et ayant vécu à Tombouctou, connaisse les noms des mois du calendrier Julien.
« Dans le temps, Djenné était situé en un lieu nommé زخرُ (peut-être Zakhorou). Plus tard les habitants abandonnèrent ce lieu et vinrent se fixer à l’endroit où s’élève la ville aujourd’hui. »