Habitations des Foulbé de Kotédougou.

Hommes, femmes et enfants savent en outre parler le bobo et surtout le mandé-dioula. La population totale de Kotédougou s’élève à environ un millier d’habitants. Dans ce chiffre les Bobofing entrent pour moitié.

Quoique ce village soit grand, il n’a pas de marché : les habitants sont forcés d’aller soit à Dasoulami, soit à Dioulasou, pour faire leurs provisions et vendre leurs produits. Les Mandé-Dioula et les Dafina s’occupent un peu de tissage et surtout du commerce de chevaux.

En arrivant à Kotédougou, je tombai très gravement malade (fièvre bilieuse hématurique). La nouvelle s’en répandit bientôt dans la région, et je reçus à cette occasion des cadeaux en vivres des gens de Dousoulami et de Dioulasou, qui envoyèrent souvent prendre de mes nouvelles. Si un peu plus haut j’ai porté un jugement téméraire sur les gens qui se disaient mes amis, je m’empresse ici de leur rendre justice : quelques-uns d’entre eux m’ont prouvé qu’ils avaient réellement de l’affection pour moi.

Dès que je me sentis hors de danger, je fis des démarches auprès de Morou pour partir. Ce chef a malheureusement peu d’influence, il est apathique et presque abruti, quoique étant tout jeune. N’étant jamais sorti de Kotédougou, c’est à peine s’il connaissait quelques villages aux environs et le nom de leurs chefs. Il s’adressa tout d’abord aux Foulbé pour me faire conduire par l’un d’eux auprès de Wouidi, à Baréni, en priant ce chef de me faire gagner le Mossi. Aucun de ceux-ci ne voulut s’en charger, donnant pour prétexte la sotte légende de la mort de Tidiani causée par la visite récente de Caron.

Leur refus ne me déplut pas du tout, au contraire : le territoire de Baréni est loin d’ici et n’est séparé du Fouta que par deux villages du Dafina ; de plus, Wouidi est parti avec ses guerriers pour une expédition dans le Djimballa ; une fois entré dans ce pays, je n’en serais plus sorti de longtemps.

Le successeur de Tidiani est mort, et personne n’a voulu me donner le nom du nouveau souverain[80] : j’ignorais donc ses dispositions à notre égard ; de plus, une lettre du docteur Tautain (commandant du cercle de Bammako), qui me parvint à Tiong-i, m’annonçait qu’il fixait au mois de décembre son départ pour un voyage par terre à Tombouctou et dans le Macina. Ma présence dans ce pays était donc inutile ; il ne m’était du reste pas facile de rouvrir des négociations avec le Macina, ignorant absolument les causes pour lesquelles le commandant de la canonnière le Niger n’avait pas réussi à traiter. La canonnière n’était pas de retour à Bammako au départ du courrier du commandant de Bammako et il ne savait pas de détails.

Morou, pressé par moi, se renseigna auprès des Dafina ; de mon côté, je m’entourai de renseignements sur la nouvelle région que j’avais à traverser, et il fut décidé qu’on m’adresserait à Doufiné, chef des Bobo Niéniégué de Bondoukoï. Ce chef est en relations avec le Dafina et se chargerait de me faire gagner le Yatenga par le Dafina.

Trois jours avant mon départ, Diawé me présenta un homme originaire du Gadiaga qui demandait à me parler. Ce malheureux a été fait captif tout jeune par les gens d’El-Hadj Omar et conduit à Djenné et Bandiagara, où il fut plus tard vendu à Ahmadou Barou, chef de qbaïla à Kong, qui le libéra[81] ; il a fait de nombreux voyages dans ces régions, mais il n’a jamais réussi à se créer des ressources suffisantes pour regagner son pays. Ce pauvre homme n’était pas vêtu : il me supplia de le prendre à mon service et de lui faire gagner plus tard Bakel. Sur ses instances je me décidai à l’engager, comptant l’utiliser ultérieurement comme courrier. Il me donna d’utiles renseignements sur ces régions et surtout sur Bandiagara, Djenné et les chemins qui y conduisent. Il me confirma des itinéraires que j’avais réussi à me procurer à Dioulasou et pendant la route. Je crois utile de les donner ci-dessous, car, surtout à propos de Djenné et des cours d’eau avoisinants, il règne encore une certaine confusion, due au manque de détails dans la relation de voyage de Caillié et dans celle de Barth, qui n’en parle qu’accessoirement.

Renseignements sur Djenné.