Il n’y a à Bandiagara que fort peu de Foulbé. La suite de Mounéri, successeur de Tidiani, occupe un groupe de cases, tandis qu’il y a dans Bandiagara quatre ou cinq gros villages de Tombokho. Le tout est entouré d’une seule et même enceinte.
Un Peul, venu de Ouaranko, m’a exactement fixé sur l’époque de leur migration chez les Bobo ; elle date de 1828 ou 1829, de l’époque où Ahmadou cheikh, fils d’Ahmadou Amat Labbo, conquit le Djenné sur le Ségou.
Les Foulbé de Kotédougou ne vivent pas dans le village même : ils se sont établis dans des cases en paille très confortables, à quelques centaines de mètres à l’ouest et au sud des villages Bobo et Mandé. Leurs petites propriétés sont entourées de haies vives ou de haies artificielles en épines. L’intérieur de leurs demeures est d’une propreté remarquable. Les abords sont dépourvus d’herbe et sablés. Les Foulbé vivent ici sous l’autorité des chefs du pays, mais règlent leurs différends en les soumettant au plus ancien des leurs ; dans certains cas, ils en réfèrent à Wouidi, qu’ils considèrent un peu comme leur souverain. Ce chef réside à quinze jours de marche vers le nord, à Barani ou Baréni (route de Dioulasou à Bandiagara).
Les hommes sont uniformément vêtus d’un grand doroké blanc en cotonnade du pays. Moins ample que celui des noirs musulmans, ce vêtement a beaucoup d’analogie avec la gandoura arabe. Ils ont adopté comme coiffure le bonnet mandé à deux pointes dit bammada, également en cotonnade blanche. Ils sont peu métissés et presque blancs. Tous sans exception sont musulmans, mais ivrognes dans toute l’acception du mot. Vers cinq heures du soir il n’est plus possible d’avoir un entretien sérieux avec eux : jeunes gens, adultes et vieillards sont ivres.
En dehors de l’élevage du bétail ils ont aussi de belles cultures entretenues avec soin, je pourrais presque dire avec luxe.
En général ils ne sont pas tatoués, quelques-uns sont cependant marqués comme les Dioula ou les Dafina. Tous ont les dents de la mâchoire supérieure excessivement saillantes, ce qui rend leur bouche plus que disgracieuse.
Les femmes ont le type sémitique très prononcé. Comme coiffure, elles portent les cheveux relevés sur le sommet de la tête en forme de casque, dont le cimier est agrémenté de cuivrerie mélangée de petits coquillages blancs. A l’extrémité postérieure du cimier sont suspendus six ou huit tubes plats en cuivre recouverts de coton artistement arrangé en forme de grappes de sorgho qui retombent en arrière et dissimulent la nuque.
Leurs enfants sont absolument nus. J’ai vu de jolies fillettes de sept à huit ans bien coiffées, mais pas même couvertes d’un chiffon. Pour des nègres, passe encore ; pour des enfants à peu près blancs, cela choque l’œil et fait pitié.
Leur langue est à peu près celle que parlent les Toucouleur du Fouta sénégalais. Quand la conversation ne sortait pas des choses banales, je comprenais tout ce qu’ils disaient. Entre eux ils ne parlent que le poular. J’ai remarqué qu’ils disent indifféremment : a nani poular, « tu comprends le poular », ou a nani foulfouldé, « tu comprends le foulfouldé ».