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La description d’une autre région non moins intéressante, dont je n’ai traversé que quelques districts, doit également trouver place ici. Je veux parler du vaste rectangle compris entre le Gottogo ou Bondoukou au sud, les États Foulbé au nord, les territoires de Kong et de Bobo-Oulé à l’ouest et le Mossi à l’est. Le Dafina y occupe à peu près une position centrale.

Le Dafina est borné au nord : par le territoire des Bobo-Oulé et le Tombo, qui fait partie des États toucouleur du Macina ; à l’est, par le Yatenga, le territoire des Sommo, le Kipirsi et le Gourounsi ; au sud, par le territoire des Lama ou Nokhodossi, le pays des Bougouri et les Bobofing ; enfin, à l’ouest, par le territoire des Niéniégué, des Léla et des Bobo-Oulé.

La partie nord du Dafina se nomme Douroula ; elle est, comme la partie méridionale, subdivisée en petites confédérations, dont les principales sont celles de Tori, Konna, Kon, Yéré, Soin, Safané (chef Ousman), Ouri, Tounou (chef Yéritié) et Ouahabou (chef Karamokho Mouktar).

Dans le Dafina même se trouve une enclave de Foulbé qui comprend une vingtaine de villages, dont les plus importants sont Férobé, Ouonincoro (chef Saloundaba), Kolonka et Baréni, résidence de Wouidi, chef peul très influent, dont j’ai déjà eu l’occasion de parler lors de mon voyage à Kotédougou.

Ce territoire peul n’est séparé du Macina que par une petite confédération dafina, qui comprend Soukoura et Tori. Au sud de l’État peul de Wouidi se trouvent, répartis comme en avant-gardes, des groupes de Foulbé variant, suivant les villages, de quatre à quatorze familles ; ils sont établis à Kotédougou, Koroma, Satéré, Bondoukoï, Ouakara et Yaho. Plus à l’ouest il y a aussi quelques groupements, dont le plus important se trouve à Douki, qui, tout en étant habité en majorité par des Bobofing, a un chef peul.

Si ces avant-gardes ne semblent avoir fait aucun progrès depuis soixante ans qu’elles sont venues dans le pays, c’est que leur mouvement vers le sud s’est subitement arrêté, en se heurtant à l’élément mandé-dioula de Kong.

Les Foulbé se trouvent en effet ici en présence d’une puissante race envahissante qui procède à peu près comme eux. Les Mandé viennent se fixer d’abord dans les pays nouveaux par petites agglomérations, puis, tout en se développant plus rapidement qu’eux par l’acquisition d’esclaves qu’ils affranchissent et groupent autour d’eux, ils ne cessent de renforcer leurs avant-gardes par de nouvelles colonies qu’ils envoient s’établir dans le pays.

L’immigrant mandé a un avantage considérable sur son concurrent peul. Il est d’abord noir, ce qui le rend moins suspect ; puis, par sa connaissance de beaucoup de pays et sa réputation justifiée de commerçant, il est neuf fois sur dix favorablement accueilli par les chefs du pays. Ne sont-ce pas les Dioula-Mandé qui procurent armes, poudre et chevaux aux chefs ? N’est-ce pas par leur intermédiaire seulement que ces derniers écoulent les captifs qu’ils font à la guerre ? Tout le monde sait que les peuples primitifs, mal armés, ne peuvent s’aventurer en dehors de leur pays sans être faits captifs ; le Mandé-Dioula seul passe partout. L’arrivée de quelques familles mandé-dioula dans un pays peut donc être considérée par un chef comme un nouvel élément de puissance.

Les relations des Mandé-Dioula avec les pays voisins les appellent aussi bien vite à s’immiscer dans les affaires extérieures du pays : ils deviennent médiateurs et conseillers intimes des chefs.