Ils sont, en outre, assez politiques pour adopter les tatouages de leurs nouveaux compatriotes, comme l’ont fait les Mandé du Follona et du Ouorodougou en adoptant le tatouage siène-ré, les Dioula de Kong en s’entaillant les joues et le ventre comme les Komono, les Dokhosié et les Tiéfo, et ceux du Mossi en prenant les marques caractéristiques des autochtones.

Puis, tout en s’occupant activement de culture, les Mandé font élever leur bétail par des captifs peuls métissés, se procurent à l’aide du tissage et de la teinture des ressources qu’ils font prospérer.

Pendant la saison qui suit la récolte et précède l’époque des semis (novembre à juin), leurs enfants et leurs wolossou (captifs de case) vont commercer par tous les chemins. Le Mandé est donc, dans un sens, beaucoup plus actif que le Peul, son concurrent envahisseur, puisqu’il sait utiliser toutes ses forces vives pour augmenter le nombre de ses esclaves, ce qui dans ces régions équivaut à richesse ou au moins à aisance relative, car il ne faut par oublier que le plus ou moins grand nombre d’esclaves fixe la richesse individuelle. Cette activité commerciale place rapidement le Mandé dans une situation bien supérieure à celle du Peul, qui ne s’occupe que de culture et de l’élevage du bétail.

Dans le Macina seulement, les Foulbé travaillent la laine et confectionnent les couvertures dites kassa ; rarement ils sont marchands. Arrive une épidémie, une razzia ou un revers de fortune quelconque, le Peul est forcé de se faire domestique, de garder et de s’occuper des troupeaux pour le compte de gens auxquels il est souvent intellectuellement supérieur. Dans beaucoup de régions, le Peul arrive aussi en trop petit nombre, les agglomérations sont forcées de se disséminer dans le pays à cause des précautions qu’ils doivent apporter dans le choix des pâturages. Ils ne peuvent pas se fixer dans les contrées très coupées, peu défrichées, où les pâturages sont rares, et les nombreux insectes nuisibles aux animaux. Il leur faut des plaines élevées et non des pays à demi sauvages, couverts d’arbustes et coupés par des bas-fonds marécageux.

Le plus souvent aux premiers groupes n’en succèdent pas d’autres ; ils finissent ainsi par se noyer dans la population noire à un tel point qu’il est à peine possible de les distinguer. Nous en avons des exemples frappants : je ne citerai que les Kassonké, pour la plupart Sidibé, les Malinké du Fouladougou et du Gangaran, pour la plupart Diallo, Diakhité, Sankaré, puis la population peule, absolument noire, du Ouassoulou, portant les mêmes noms de famille et chez laquelle les traits du Peul ont subsisté.

La population peule noire du Ba-ni-mono-tié, du Ganadougou, les Toucouleur du Fouta sénégalais, la population du Bondou, les colonies de Foulbé noirs de Fourou, de Ouahabou et de Boromo sont autant de groupes foulbé qui, n’ayant pas été renforcés, ont été noyés dans la population noire. Ceux-là, tout en conservant leurs noms de famille et le type de leur race, se sont absolument assimilés aux peuples chez lesquels ils vivent. Ils ont oublié leur propre langue et pratiquent la même religion que les fétichistes. Même quand ils sont très nombreux, ils n’ont pas de chef et ne s’organisent pas en États, comme les Foulbé qui sont restés blancs.

Ces Foulbé blancs sont ceux que nous ont fait connaître les voyageurs dans le Haoussa, le Djilgodi, Tombouctou, le Macina, le Baghéna, le Fouta-Djallo, et que j’ai moi-même vus dans le Ferlo et la forêt de Bounoun, ou encore dans le Firdou et chez les Houbbou, aux sources du Niger.

Ils se caractérisent par un teint plus clair, souvent aussi par leur fanatisme religieux et toujours par les dispositions qu’ils ont pour l’élevage du bétail.

Quand ils n’ont pas de souverain, on trouve au moins un chef à la tête de leur parti, et nulle part ils n’ont oublié leur propre langue.

Il n’est pas de peuple dont l’origine ait donné lieu à plus de recherches que le peuple peul. Sans discuter avec les auteurs qui se sont occupés de ce grand exode, si les Foulbé viennent de l’Inde ou de la Malaisie, nous pouvons au moins, d’après ce que nous apprend Ahmed Baba, affirmer ceci : c’est que dès le IVe siècle les Foulbé sont signalés dans le Baghéna. « Le royaume de Ghanata, dit cet auteur, fut fondé environ trois siècles avant l’hégire par Wakayama Mangha[83]. La famille régnante était blanche. »