Puis s’écoule une période de huit siècles sans qu’il en soit fait mention. Ce n’est qu’en 1260 que le même historien, en parlant de Djenné, dit que le marché de cette ville est fréquenté par des Foulbé.

Enfin, en 1492, Sonni Ali se noie en revenant d’une expédition contre les Foulbé dans le Gourma.

Puis, en 1499, Askia s’empare du Baghéna et bat le roi des Foullani, Demba Doumbi.

Il existait donc deux régions dans lesquelles les historiens signalent la présence des Foulbé, à l’ouest et à l’est de la grande boucle du Niger. A l’ouest ils occupaient le Ghana, à l’est le nord du Haoussa.

En étudiant leur marche et les progrès qu’ils ont faits dans la boucle du Niger, on peut inférer ceci : c’est que si les Foulbé sont venus de l’est, ils se sont arrêtés, dans leur marche vers l’ouest, vers la région des Garamantes (peut-être les Foulbé sont-ils même des Garamantes). Là le courant s’est divisé en deux : l’un s’est dirigé vers le sud, a fondé des colonies dans le Zaberma, le Haoussa, le Bornou, et même dans l’Adamaoua, le Gourma et le Boussangsi. C’est cette fraction des Foulbé qui a fondé, avec Othman, l’empire peul de Sokoto ; c’est elle qui a essaimé des tribus vers le Libtako et le Djilgodi, pour donner la main à leurs autres frères de l’ouest déjà établis dans le Gharnata, à Douentsa et le Djimbala.

Cette fraction des Foulbé a dû venir dans l’ouest bien avant le groupe oriental et a dû vivre assez longtemps en contact avec les Touareg, et même se mélanger assez intimement avec eux, car, encore aujourd’hui, on trouve de nombreux yeux bleus chez les Foulbé du Fouta-Djallo et du Macina.

Le royaume de Ghana ne s’est disloqué qu’en 1499, à la suite des victoires d’Askia. C’est alors que les Foulbé ont dû l’évacuer en partie et se disperser un peu à l’aventure dans la vallée du Niger. C’est vers cette époque que se sont formés : le Fouta sénégalais, les colonies du Ferlo et de la forêt de Bounoun, du Firdou, et que se sont produites les infiltrations du Peul chez le Ouolof et le Sérère, qui ont encore des mots poular dans leur langue. En même temps que ces migrations, il s’en produisait d’autres non moins importantes vers le Fouladougou, le Khasso, le Bondou, le Bambouk, le Fouta-Djallo et les Houbbou.

D’autres Foulbé, en quittant le Ghanata, ont traversé le Ségou, sont venus dans le Ganadougou, le Ouassoulou, ont formé les colonies du Ba-ni-mono-tié, de Fourou et de Boromo.

Nous trouvons toujours le radical de ghana dans leurs nouveaux pays d’occupation : Ghana, Ghana-ta, Baghéna, Gana-dougou, Gouana, Gouane-diakha, etc.

Enfin d’autres Foulbé n’ont pas été si loin, et se sont contentés, à la destruction du Ghanata, de se fixer vers Djenné, le Macina et Tombouctou. Ce qu’il y a de certain, c’est que le Macina ne s’est pas alimenté de Foulbé par l’est, c’est-à-dire par le Haoussa, mais bien par l’ouest. C’est sur la rive gauche du Niger, vers Ténenkou, qu’il s’est formé, et les anciens chefs du Macina sont originaires de l’ouest du Baghéna ; ils sont mélangés à des familles arabes de l’Adrar et de Tichit (voir Barth, édition allemande).