D’après ce que nous venons d’exposer, on peut admettre : ou bien deux invasions foulbé à des dates différentes, et venant s’établir des deux côtés du Niger en des théâtres bien différents, ou bien un seul grand courant qui, en se heurtant au coude de Bourroum, se serait fendu en deux et se serait écoulé, l’un vers Tombouctou et le Baghéna, l’autre vers le Zaberma et le Haoussa.

Les Foulbé entre eux disent, du reste, être de deux familles distinctes, les Kairouan-bé et les Bissina-bé.

En jetant un coup d’œil sur une carte des migrations et des emplacements actuels des Foulbé, on est particulièrement frappé de voir qu’en général l’élément peul a su lutter avec avantage contre l’élément noir fétichiste, et se créer des royaumes et des empires assez importants, et que, au contraire, partout où l’élément peul s’est trouvé en contact avec l’élément mandé, il a été noyé et absorbé par ce dernier. Aujourd’hui encore, il lui est particulièrement difficile de s’implanter dans les pays où est fixé le Mandé. Bien plus, chaque fois que le Peul s’est métissé au Mandé, c’est ce dernier qui a pris le pouvoir, et les derniers États foulbé qui sont debout ont maintenant à leur tête, non pas des Foulbé blancs, mais bien des Foulbé métissés de Mandé, — des Toucouleur, comme nous les appelons.


CHAPITRE VIII

Second sauf-conduit. — Arrivée chez Sélélou. — Les Bobo-Dioula. — Quelques observations sur la phonétique. — Satéré. — Un jeu bien innocent. — Des Bobo en général et de leurs diverses fractions. — Habitations de transition. — Ils étaient troglodytes il n’y a pas bien longtemps. — Arrivée à Bossola. — Chasse à courre et pêche. — Départ pour Bondoukoï. — Rencontre du premier mulet. — Foulbé. — Un ami gênant. — Les collines du Niéniégué. — Caravanes. — Quelques mots sur Wouidi. — Arrivée à Yaho. — Difficultés avec les guides. — Bangassi. — Traces de terrains aurifères. — Arrivée à Ouahabou. — La mosquée. — Audience chez Karamokho Mouktar. — Choix d’une route vers le Mossi. — Réflexions sur les Dafing. — Industrie de la soie. — Des teintures. — Quelques mots sur les Niéniégué et les Bobo-Oulé. — Je renvoie un domestique. — Départ par Boromo (colonie Mossi). — Passage de la Volta Noire, chasse au caïman et à l’antilope. — Entrée dans le Gourounsi. — Habitations bizarres. — Départ de Diabéré, nous nous égarons pendant la nuit. — Arrivée à Ladio. — On me vole trois ânes. — Poursuites et vaines recherches sur les frontières du Kipirsi. — Nos soupçons se portent sur un malheureux que mes hommes veulent exécuter. — Départ de Ladio dans de pénibles conditions. — On ne nous attaque pas, mais la population est partout sur pied. — J’exécute un indigène. — Arrivée à Dallou. — Colonies mossi. — Bouganiéna. — Arrivée chez Boukary Naba. — Quelques mots sur la partie du Gourounsi que je viens de traverser ; sur les Nonouma et leurs mœurs. — Soins de propreté bizarres aux enfants. — Le dolo fait avec le kountan (prunier sauvage). — Les Sommo. — Les Kipirsi.

Mercredi 9 mai. — Morou m’a apporté hier soir un sauf-conduit écrit au nom de Kongondinn, par lequel il me recommande à Sélélou, chef de Koroma.

Voici la traduction de cette lettre ; elle est bien moins correctement écrite que celle de Kong, et l’arabe en est moins pur :

« Louange à Dieu qui nous a donné le papier comme messager et le roseau comme langue !

« Les bénédictions et la paix de Dieu soient sur son prophète Mahomet, seigneur des hommes d’autrefois et des hommes d’aujourd’hui.