« Certes, cette lettre émane de Kongondinn Ouattara, émir de notre pays et lieutenant du généreux.
« Toute chose a une cause. Voici donc ce qui motive cette lettre. Certes, l’un de nos princes, nommé Kongondinn Ouattara, envoie son hôte le chrétien vers son frère Sélélou.
« O Sélélou, conduis-le vers Mamourou, chef de Bossola, qui le conduira à Bondoukoï vers Doufiné, qui lui témoignera des égards et lui indiquera le chemin du pays de Dafina, afin qu’il parvienne dans le pays du Mossi.
« O Sélélou, certes je suis Kongondinn Ouattara.
« Lorsqu’on nous a parlé de ce chrétien, nous avons entendu de très mauvaises paroles sur son compte. C’était avant son introduction auprès de nous. Dès qu’il s’est présenté devant nous, nous l’avons interrogé sur ce qui le concerne et nous l’avons mis à l’épreuve au sujet de son affaire. Mais nous n’avons rien trouvé en lui, si ce n’est du bien et des idées de trafic.
« Salut soit sur celui qui suit la voix droite ! »
Ce n’est pas sans une certaine satisfaction que je me suis mis en route ce matin ; ma santé est revenue, j’ai des ânes bien portants et vigoureux, un cheval qui peut encore faire un ou deux mois de service, ce qui me permettra d’atteindre le Mossi, où je pourrai m’en procurer un autre.
Après avoir franchi quelques amas de roches granitiques qui se trouvent à la sortie du village, on chemine dans un terrain peu accidenté où l’on voit tour à tour émerger le fer, le grès et le granit ; la population des deux villages bobofing : Moussobadougou et Niamouso, prévenue de mon arrivée, est perchée sur les toits des cases ; les enfants se pressent sur mon passage ; toute cette gent nue est avide de voir un Européen ; des femmes m’offrent de l’eau et du dolo.
A Koroma, Sélélou, le chef de village, est assis sur une peau de bœuf, à l’ombre d’un gros finsan. En arrivant, il me souhaite la bienvenue et m’installe de suite dans un groupe de cases neuves isolées, au nord du village, chez une famille de Bobo-Dioula, venue de Douki, où l’on me fait fort bon accueil.
Sélélou, avec quelques autres familles de Bobo-Dioula, ses captifs, un troupeau et quelques chevaux, est venu des environs de Fo et Dimah (route Dioulasou-Djenné) il y a une vingtaine d’années et s’est fixé à Koroma, afin de s’éloigner du voisinage des Tagouara, qui razziaient trop souvent son village ; il a des captifs de toute nationalité, et chez les vieux on remarque plus de dix sortes de tatouages ; mais les enfants issus de ce croisement sont tous tatoués comme Sélélou et les Bobo-Dioula de Dioulasou (tatouage des Mandé de Kong). A côté de cette population étrangère à la région, il y a les autochtones : les Bobofing, plus trois familles de Foulbé.