Les Bobo-Dioula sont en général musulmans, mais non lettrés ; ils portent le doroké court du Malinké, teint en jaune brun à l’aide du basi (râat en poular), une culotte longue, très collante, tombant jusqu’à la cheville et le bonnet du Mandé-Dioula. Leurs diamou sont Sanou et Noungoro.
Entre eux, ils parlent le mandé-dioula, avec cette particularité qu’ils ne prononcent ni le f ni le k, et les changent en p. Ex : kilé, foula, « un, deux, » se disent : pilé, poula ; de même, ils disent : a tara pani pou (pour : a tara fani kou), « il ou elle est partie laver le linge » ; mfa, « mon père », se dit mpa, etc.
Chez les Malinké et les Kagoro, la permutation de consonnes est fréquente ; il en est une que tous ceux qui ont séjourné un peu à Kita ont certainement remarquée, c’est le changement de l’f en h fort. Ex : fali, marfa, fina, fing, etc., font hali, marha, hina, hing, « âne, fusil, champignon, noir ».
Dans le mandé-dioula on peut prouver la permutation de toutes les consonnes entre elles ; j’en donne un tableau dans [ l’appendice no 1.]
Des femmes m’offrent de l’eau et du Dolo.
Sélélou gorgea mes hommes de victuailles et refusa de me laisser partir le lendemain, ayant fait mander ses frères aux environs pour me saluer et tuer un bœuf en mon honneur. Il est impossible de décrire quel bonheur ce brave homme avait à posséder un blanc comme hôte. Il m’a questionné sur mes nom, prénoms, etc., me demandant de les lui inscrire en arabe sur un chiffon de papier pour qu’il pût plus tard faire voir cela à ses amis et connaissances. Je me suis naturellement prêté de bonne grâce à cet enfantillage. Le surlendemain je quittais Koroma, accompagné d’un frère de Sélélou et de deux captifs devant me conduire jusqu’à Bossola.
Vendredi 11 mai. — Satéré, où je fais étape, est un grand village de 700 à 800 habitants, dont la majeure partie est Bobo-Dioula. Les Bobofing sont peu nombreux et il n’y a dans ce village que deux familles de Foulbé.
A Satéré aboutissent deux chemins venant de Bandiagara et Djenné par Bossola, où ils se séparent encore ; l’un passe à l’ouest par Dougoudiourama ou Fina, et l’autre à l’est par Kadou ; de Satéré à Dioulasou le chemin direct se dirige à Sala, Pouénetou et Dafinsou. Cette situation donne un peu de mouvement au village ; on y rencontre tous les jours environ une vingtaine d’étrangers, marchant dans un sens ou dans l’autre. Le jour de mon arrivée, des marchands mossi de Yako étaient de passage : avec leur large pantalon à la zouave tombant sur le cou-de-pied et leur immense turban, ils faisaient contraste avec la population bobofing, entièrement nue.
Quoique accompagné du frère de Sélélou, je fus froidement accueilli par ce village. Mon diatigué et quelques habitants m’offrirent cependant un peu de mil et des œufs.