Les Bobo-Dioula ont un jeu favori : sur une tablette en bois contenant trente-six creux, les deux adversaires posent alternativement, en guise de pions, un haricot rouge ou blanc. La science de ce jeu consiste, une fois tous les jetons posés, à en aligner trois perpendiculairement à un des côtés de la tablette, ce qui donne le droit de prise, au choix, d’un pion à l’adversaire.
Un des joueurs, me voyant suivre des yeux ce jeu naïf, me proposa une partie, que je lui gagnai, ce qui me fit passer auprès de ces gens simples pour un joueur de première force.
Samedi 12. — Sous la conduite des deux guides que me donne Sélélou, je gagne de bonne heure Kadou, un des derniers villages bobofing en allant vers le nord. Le terrain est ferrugineux. Entre Satéré et Kadou on traverse deux petites ruines entourées d’amas de scories. Les forgerons qui les habitaient se sont portés plus au nord, me dit-on, à Moukkéna, près Bondoukoï. Ce Kadou, qui est un tout petit village bien situé auprès d’un joli ruisseau à eau courante, devrait rapidement se développer ; malheureusement personne ne vient s’y fixer, ses habitants vivent dans des transes continuelles causées par le voisinage de Sâra, fort village niéniégué situé dans le nord-est, qui est toujours en hostilité avec eux.
Il y a là toute une région dont la cruauté des habitants est de notoriété publique ; personne n’y pénètre quoique la route directe pour se rendre de Koroma ou Satéré à Ouahabou et dans le Dafina passe par Sâra, Bouki et Pa. Pour éviter cette région, le chemin actuel décrit un grand arc de cercle vers l’ouest et passe à Bossola, Bondoukoï, Ouakara et Yaho (voir la [carte]), ce qui allonge le trajet.
Un marchand mossi.
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Pourquoi appelle-t-on les Bobo dont je viens de traverser le pays : Bobofing, qui veut dire Bobo noir ? Ce n’est certes pas à cause de la nuance de leur peau, car on peut observer chez eux plus de dix teintes différentes, depuis le rouge brun sale jusqu’aux couleurs terreuses les plus variées, mais aucun de ces tons n’approche du noir des Wolof. On a dû leur donner ce nom de Bobofing tout simplement pour les différencier des Bobo-Dioula, des Bobo-Niéniégué et des Bobo-Oulé, absolument comme on différencie dans tous les pays mandé les divers cours d’eau par trois désignations invariables : Ba-fing, Ba-oulé, Ba-dié, « rivière noire, rouge ou blanche ».
De même qu’on remarque chez eux toutes les nuances, on voit aussi tous les profils, depuis le nez épaté jusqu’au nez fin caractéristique du Peul.
J’ai cependant constaté que le nez épaté, de même que les grosses lèvres lippues, ne se rencontrent que chez peu d’individus. Ils se marquent sur les joues de trois très petites entailles parallèles se terminant de chaque côté à 3 centimètres environ du coin de la bouche. Tous sont d’une belle taille (1 m. 72 en moyenne).