Hommes et femmes Bobofing.

Les feuilles seraient mieux placées ailleurs que là, mais la pudeur est un vain mot chez ce peuple. Les femmes ne se contentent pas d’être toutes nues : sans se gêner et devant tout le monde, elles font en pleine rue ce que la pudeur la plus élémentaire défend ; cela leur paraît si naturel qu’elles conversent avec les passants sans même se détourner.

Comme la femme ne possède pas le moindre chiffon, elle porte son enfant comme les femmes des Mboin(g), dans le dos et retenu dans une natte ou une peau nouée autour de la ceinture et par-dessus les seins à l’aide de quatre fortes lanières en cuir.

Ces Bobo possèdent quelques têtes de bétail et cultivent le mil, le sorgho et les ignames. Le sanio (petit mil) et les ignames servent à leur alimentation, tandis que le sorgho n’est employé que pour faire le dolo.

Comme usages ou cérémonies, je n’ai vu que les dou, dont j’ai longuement parlé et un enterrement. Le cadavre, enroulé dans une natte en feuilles de palmier, était porté sur la tête par un individu et enterré à l’intérieur du village. Presque tout le village suivait en pleurant et poussant des cris. Ces pleurs sont probablement une marque de sympathie pour la douleur de la famille, car il est impossible que la mort d’un seul individu afflige tant de monde, surtout chez un peuple aussi apathique et indifférent que celui-ci. Du reste, une demi-heure après la cérémonie, le défunt est oublié, tout est rentré dans l’ordre.

Les habitations des Bobofing sont très diverses ; à Bobo-Dioulasou, par exemple, elles sont à peu près toutes construites d’après un même type, qui comprend un grand rez-de-chaussée sur une partie duquel seulement est élevé un premier étage ; les habitations sont accolées ensemble et à peu près alignées ; elles forment des rues perpendiculaires au ruisseau, et l’on peut circuler dans toute la rangée, soit par les argamaces du rez-de-chaussée, soit par celles du premier étage.

A Koroma, les cases sont à peu près semblables à celles-là, mais surmontées d’un petit réduit de 2 m. 50 de long sur 1 m. 50 de large, dont la porte s’ouvre face à l’ouest. Quelques-unes n’ont pas de porte ; elles renferment alors des gris-gris destinés à préserver les habitants de tous les maux. A Kotédougou et dans d’autres villages que j’ai traversés, l’habitation est plutôt un antre qu’une demeure. La case du rez-de-chaussée bien souvent n’a pas de porte. On monte sur le toit par un morceau de bois portant une ou deux entailles, car le rez-de-chaussée n’est pas haut et élevé en contre-bas du terrain. Une fois sur le toit, on descend par un trou de 50 centimètres de diamètre. Dans ces sortes de cavernes il règne une demi-obscurité, le jour ne pénétrant bien souvent que par en haut. C’est là que se trouvent les provisions, la cuisine, et qu’habitent les femmes — les hommes se réservant le premier. La vermine pullule ; il y a là dedans des rats, des punaises, des asticots et jusqu’à des scorpions.

La décoration des cases du premier n’est pas luxueuse ; on y trouve les arcs, les flèches, les haches, les fétiches, grossières sculptures en bois représentant des êtres informes imitant des personnages des deux sexes, auxquels ne manquent jamais les détails anatomiques. Aux murs sont appendus les maxillaires des animaux tués à la chasse, les têtes des poissons pêchés par les habitants, les plumes des perdrix ou des pintades surprises par les chiens. Dans les coins sont rangés de vieux chaudrons, sur lesquels ont été sacrifiés des poulets, etc.

Ces constructions mi-souterraines constituent l’habitation de transition entre le trou et la case. Je ne suis pas éloigné de croire qu’il y a seulement quelques siècles, ces gens-là étaient encore troglodytes ; ils n’ont cependant jamais dû habiter les grottes, car le Soudan n’est pas riche en montagnes et encore moins en grottes. Peut-être les montagnes du Hombori en renferment-elles quelques-unes. Barth prétend qu’à son passage on lui a signalé des troglodytes habitant ce massif. En tous cas, il est impossible que tous les noirs y aient habité, car les Mandé, eux aussi, étaient troglodytes, vu que, dans leur langue, ils n’ont encore actuellement qu’un seul mot pour exprimer ouvrir, soulever, grimper ou s’élever, le verbe élé, et qu’ils appellent une porte, un trou, un orifice, da, ce qui veut aussi dire bouche ; le mot sou : « case », signifie également creuser, trou, excavation.

Tous ces peuples devaient, avant de se construire des cases, se creuser des trous comme ceux que j’ai vus aux environs de Niélé et à Bobo-Dioulasou. Ces trous ne sont plus habités, les femmes seulement y passent la journée à faire de la vannerie. Elles s’y livrent peut-être aussi à d’autres travaux ou usages que j’ignore et sur lesquels je n’ai pu obtenir de renseignements.