Je fus en un clin d’œil entouré par 200 hommes armés.
Dimanche 20. — Au départ de Bangassi on fait un peu de sud-est pour contourner les collines ferrugineuses aperçues de Diampan, puis la route se redresse et revient vers l’est-nord-est. On traverse un terrain ferrugineux légèrement ondulé et quelques bas-fonds marécageux actuellement à sec. La végétation n’y est pas brillante, et les terrains stériles couverts de termitières sont nombreux. C’est un pauvre pays. On trouve deux ruines et un village nommé Koho, habité par des Dagari (peuple du Gourounsi). Une heure après on est à Ouahabou.
Les gens de Dousi, de Bangassi et des villages voisins exploitent les terrains environnants pendant la saison des pluies et en extraient de l’or en grande quantité, d’après le dire des indigènes. Les puits à or sont nombreux dans les vallées que forme la série de collines d’où sortent les affluents de la Volta.
Ce bassin aurifère semble se prolonger jusque sur la rive gauche de la Volta. Les villages du Gourounsi que j’aurai à traverser se livrent également à l’exploitation de l’or.
Le métal de ces régions est d’un beau jaune, mais légèrement plus pâle que celui du Lobi, qui est lui-même plus pâle que celui du Gottogo.
Ouahabou est très grand et renferme quantité de terrains vagues. Le village s’étend de l’est à l’ouest et a environ 1500 à 1800 mètres de longueur, tandis que sa largeur du nord au sud n’excède pas 500 mètres. Le tata qui l’entoure consiste en un petit mur d’enceinte à moitié détruit d’une hauteur maximum de 1 m. 50 aux endroits où il est encore en état. Il règne peu d’animation dans le village ; en arrivant je n’ai pas rencontré cinquante personnes ; il est vrai que c’est pendant les heures chaudes et que personne n’est prévenu de mon arrivée. A l’est et presque contre le tata s’est élevé un autre petit village qui porte le même nom et qui fait partie de Ouahabou. La population de ces deux groupes n’excède pas 700 à 800 habitants.
Les constructions sont toutes en terre, à toit plat ou recouvertes en chaume ; aucune ne diffère de celles que j’ai déjà eu souvent l’occasion de décrire. Il n’y a de remarquable à Ouahabou que la mosquée, en ce sens qu’elle diffère des mosquées de Kong par quelques dispositions extérieures (voir la gravure de la [page 417]).
La mosquée est séparée de la place qui l’entoure par un premier mur d’enceinte assez élevé pour qu’on ne puisse voir dans la cour, et par un second petit mur en bornes reliées entre elles. Ces bornes servent à limiter l’endroit où le public peut venir causer sans déranger les fidèles. Ces deux cours sont proprement sablées d’un beau sable rouge ; et les murs d’enceinte, la mosquée et le minaret sont blanchis à la cendre. L’ensemble de cette construction est sévère.
Ouahabou est le village dafina situé le plus au sud sur la frontière du Niéniégué. Il y a une cinquantaine d’années, il n’était pour ainsi dire habité que par des Bobo-Niéniégué et fort peu de Dafing, lorsqu’un marabout originaire des environs de Saro[88] vint s’y fixer et y entreprendre la conversion à l’islamisme des peuplades païennes de la région. Revenant d’un pèlerinage à la Mecque, El-Hadj Mohammadou Karanta n’avait guère besoin d’autres titres pour entreprendre une série d’expéditions, qui lui rapportèrent beaucoup de captifs naturellement, mais qui ne convertirent, en réalité, aucun de ses peuples à l’islamisme. Après quelques succès achetés facilement en capturant les habitants de plusieurs petits villages niéniégué voisins, de fervents musulmans du Yatenga et du Mossi, des Mandé du Dagomba et du Haoussa vinrent se grouper autour du pèlerin, dans le double espoir de gagner beaucoup de captifs et le paradis pour l’éternité.
Les Dafing de cette région qui se joignirent à El-Hadj Mohammadou furent peu nombreux. Depuis longtemps dans le pays et vivant en bonne intelligence avec les Bobo-Niéniégué, ils ne voulurent pas, en général, prendre part aux expéditions, ou désirèrent au moins rester neutres. Se trouvant par ce fait, après les victoires d’El-Hadj, dans une fausse position, ils émigrèrent en partie et se fixèrent à Dasoulami et à Bobo-Dioulasou.