Mardi 5 juin. — Il fait déjà chaud, nous partons accompagné du chef gourounga à cheval, et de cinq porteurs engagés jusqu’à Bouganiéna, à raison de 1500 cauries payables à l’arrivée. Trois villages séparent Dallou de Bagata. L’un d’eux, Voyou, m’a semblé bien peuplé ; Kou et Kotélé sont presque ruinés. A midi seulement nous entrons à Bagata, grand village mossi, comprenant environ trente groupes de cases de 15 à 40 habitants ; la population de ce groupe semble atteindre 1300 à 1500 habitants.

Quelques voisins de mon campement viennent m’apporter des kola, du riz et du soumbala ; on me vend aussi une calebasse de lait aigre et quelques niomies froides qui constituent notre déjeuner.

A trois heures je me remets en route et nous atteignons Bouganiéna à quatre heures et demie.

Bouganiéna est un grand village qui ne contient pas moins de 40 à 50 groupes de cases, suivant que l’on compte pour un ou pour deux certains groupes assez rapprochés les uns des autres ; la population totale de ce village doit être de 1500 à 2000 habitants, tous Mossi.

6 juin. — Mon diatigué s’occupe de me trouver deux ou trois ânes, et, dans la matinée même, on m’en présente quelques-uns dont on me demande 50000 à 60000 cauries. Je tombe d’accord pour un âne bala à raison de 30000 cauries. Le difficile est de trouver des cauries, j’en manque absolument pour le moment.

Mon hôte a déjà dû, dans la journée, m’avancer 7500 cauries pour payer mes porteurs. J’ouvre quelques ballots ; la vente de deux pistolets à pierre et de quelques menus articles, pierres à fusil, aiguilles, papier, glaces, me permet cependant de payer l’âne et de rembourser les cauries.

Il est très difficile de vendre par ici. Les Mossi du Gourounsi ne voyagent pas beaucoup ; ils s’occupent un peu de l’élevage des chevaux et des ânes, et surtout du commerce des captifs.

Bouganiéna offre quelques ressources ; je réussis à me procurer du riz, des piments, des haricots ; mais il n’y a pas de viande à acheter en ce moment ; c’est le mois de Ramadan, et les habitants, tous musulmans, observent strictement le jeûne. Le soir, après le coucher du soleil, ils mangent le bakha, préparation de farine de mil cuite, avec du tamarin, et dans la nuit a lieu un repas de haricots, de lakh-lalo ou de riz.

Quoiqu’il y ait beaucoup de vaches à Bouganiéna, je n’ai réussi à me procurer qu’une fois du lait. Les moutons et chèvres sont également nombreux, mais ce qui abonde, c’est surtout la volaille et les pigeons.

Les Mossi ne sont pas importuns ; personne n’est venu m’ennuyer ; les quelques visites que j’ai reçues ne se sont pas prolongées outre mesure. Les gens m’ont paru un peu civilisés. L’imam est venu me voir avec plusieurs lettrés musulmans et m’a demandé la permission de me poser quelques questions sur les chrétiens et les juifs, dont il n’a connaissance que par les livres. C’est un vieux bonhomme qui parle bien le mandé. Ayant appris que le matin j’avais été me promener à la mosquée, il me demanda pourquoi je n’y étais pas entré ; je lui expliquai que j’avais craint d’être indiscret, ce qui le fit sourire et lui donna l’occasion de me dire que les Mossi ne pensent jamais à mal et ne voient aucun inconvénient à ce qu’un chrétien entre dans ce saint lieu.