Cette contrée, dans la partie où je l’ai traversée, et surtout aux abords du fleuve et des bas-fonds, est en général couverte d’une végétation qui, sans être luxuriante, est cependant belle pour le Soudan ; elle offre de temps à autre aux voyageurs des sites d’un aspect sauvage qui égaye, repose la vue et rompt la monotonie des pays soudanais.

Le gibier abonde partout : sans compter les perdrix, pintades, outardes, on y trouve encore toutes les variétés d’oiseaux aquatiques. A l’exception du singe, j’ai vu les traces ou aperçu presque tous les animaux qui constituent la faune du Soudan. L’éléphant notamment y est très commun ; il n’y a pas de village où l’on n’en trouve des ossements. Les indigènes portent tous des bracelets ou des boucles d’oreilles en ivoire. Je ne crois pas cependant que les Nonouma réussissent souvent à tuer cet animal, car ils ne possèdent comme armes que l’arc et la hache ; ce sont plutôt les chasseurs mossi qui, armés de fusils, en tuent de temps à autre.

La mosquée de Bouganiéna.

Diawé, qui est un excellent chasseur et un connaisseur, après avoir examiné dès ossements, m’affirme que les éléphants de cette région appartiennent à une espèce de petite taille, au pelage roux noir que les Mandé désignent sous le nom de sama-oulé (éléphant rouge). Cette variété est plus petite que l’éléphant gris noir que nous avons vu souvent aux environs de Niélé.

La constitution géologique du Gourounsi est très variée : tandis qu’aux abords du fleuve il n’y a que du quartz ferrugineux et des sables aurifères ; ailleurs ce sont des terrains alluvionnaires dans lesquels émergent tour à tour le granit gris bleu et la roche ferrugineuse. Le terrain est peu accidenté : c’est à peine si l’on aperçoit de temps à autre quelques plissements ; il y a peu ou pas de ruisseaux ; l’eau se ramasse dans quelques bas-fonds, y forme de grandes flaques couvertes de nénuphars et d’autres plantes aquatiques.

Aux environs de Dallou, Bagata, Bouganiéna, l’aspect de la région change brusquement : on entre dans de grandes plaines découvertes, pour la plupart défrichées ; les arbres ont fait place à une mimosée très épineuse qui abonde dans beaucoup d’endroits ; le terrain est argilo-siliceux, rarement on voit du fer. Il y a cependant beaucoup de granit aux environs de Bouganiéna. Les cé et netté sont plus vigoureux que partout ailleurs ; c’est une région de culture dans toute l’acception du mot ; la terre végétale m’a paru excellente.

Comme type en général, et comme mœurs, les Nonouma m’ont semblé offrir quelque analogie avec les Niéniégué, leurs voisins ; ils ne parlent cependant pas la même langue. Ils sont marqués de trois façons différentes.

La limite des Nonouma vers l’est se trouve entre Ladio et Dallou. Dans ce dernier village on entre déjà dans une autre famille gourounga, celle des Youlsi ; aucun des habitants n’est tatoué.

Chez les Nonouma, les femmes ont à peu près toutes le corps tatoué ; le buste n’est quelquefois qu’une vaste cicatrice ; on n’y distingue pas de dessins : c’est une série de petites entailles disposées sans symétrie autour des reins, du nombril, dans le dos et sur les épaules.