Je n’ai rien à ajouter à propos de leurs habitations, j’en ai déjà parlé à Diabéré. Je signalerai cependant les toits, qui sont dépourvus de gouttières en bois ; l’eau s’écoule le long d’une paroi, et afin de l’empêcher de désagréger ce chétif mur en terre, sur toute la partie où l’eau s’écoule les Nonouma ont incrusté des fragments de poterie, des morceaux de schiste et des cailloux plats de diverses couleurs. Le tout constitue une grossière mosaïque.

Le Gourounsi était bien peuplé avant que Gandiari vînt y faire la guerre. J’ai traversé beaucoup de grandes ruines ; on voit aussi de nombreuses cultures abandonnées. Actuellement, le pays est à peu près ruiné, les villages à moitié abandonnés et l’on ne cultive pas avec ardeur. Il n’est possible de se procurer que du mil et du sorgho, et encore en petite quantité ; les indigènes en ont fort peu, les chefs de village eux-mêmes sont forcés de faire du dolo avec le fruit du kountan[103]. Ce dolo a un goût qui n’est pas précisément agréable, j’en ai cependant bu sur les conseils de Diawé qui me l’ordonnait comme laxatif. Il ne faut pas songer à se procurer d’arachides, piments, oignons, soumbala ou sel : ces condiments font absolument défaut. Les Nonouma se servent en guise de sel d’une cendre qu’ils obtiennent en brûlant des herbes vertes. Les sauces de lakh lalo préparées de la sorte ont un très mauvais goût. J’avais heureusement un peu de couscous et de la viande sèche de l’antilope que j’ai tuée près de Baporo, ce qui m’a permis de traverser ce pays sans trop souffrir de la faim.

Au nord de la partie du Gourounsi habitée par les Nonouma et à une faible distance, quelquefois même à moins d’un jour de marche, se trouve le Kipirsi. C’est une région bien peu connue, même des indigènes qui voyagent.

Voici ce que j’ai pu apprendre sur ce pays et les peuples qui l’habitent.

Dans la partie ouest de leur territoire et vers le coude de la Volta Noire habite un peuple encore sauvage dans le genre des Bobo. On le nomme Sommo, Songho ou Samokho ; il est hospitalier et moins féroce que le racontent certains marchands qui m’en ont fait une description trop fantaisiste. Cela ne les empêche pas à l’occasion de rançonner les voyageurs. La rapacité du chef noir est indiscutable ; quand il est peu civilisé, il cherche brutalement à accaparer ; dans le cas contraire, la même chose se produit, seulement on s’en aperçoit moins, parce que c’est fait avec plus d’astuce et l’accaparement a lieu avec une certaine réserve.

Je n’ai vu que trois fois des Sommo, ils étaient esclaves dans le Dafina et à Dioulasou. Ils se marquent d’une série de vingt-sept entailles entourant la bouche et couvrant les joues et le menton ; en plus ils ont la marque caractéristique du Mossi : l’entaille en arc de cercle partant du milieu du nez pour venir mourir à hauteur de la deuxième molaire.

Dans la partie est du Kipirsi, la population est dénommée Kipirsi ou Kipirga ; elle est fortement mélangée dans les confins du Gourounsi avec l’élément youlsi, mais ne s’est pas alliée aux familles sommo de l’est. J’ai vu quelques Kipirsi captifs des Niéniégué de Bondoukoï et d’autres de loin dans les ruines de Bouri ; ils sont à demi sauvages et pillards à l’excès.

On ne traverse leur pays que lorsqu’on y est forcé ; leur territoire faisait jadis partie du Mossi, mais les Kipirsi sont aujourd’hui absolument indépendants. Ils parlent un dialecte se rattachant au Mossi, et sont tatoués comme ce dernier peuple.

Le Kipirsi est traversé par une arête montagneuse analogue au soulèvement de Bobo-Dioulasou. Les villages sont construits sur ces hauteurs, et leurs cases sont en paille comme celles des Mossi.

Le territoire des Sommo et le Kipirsi sont traversés par deux chemins parallèles qui relient Safané (Dafina) par Sarma et La ou Lalé à Waghadougou et Boussé (Dafina), par Koukhoulor’o[104] à Waghadougou.