Boukary Naba est presque vêtu comme tous les jours ; il a simplement remplacé ses babouches rouges par une paire de demi-bottes en cuir rouge et jaune, et sa coussabe bleu foncé par un vêtement de même coupe en cotonnade blanche du Haoussa sur laquelle l’indigo a fortement déteint, ce qui est très bon genre ici. Sur le sommet de son bonnet est fixée une couronne en cuir rouge et peau de panthère, à laquelle sont suspendus des pitons en fer à trois branches d’une longueur de 4 à 5 centimètres. Cet emblème royal est porté par les nabiga seulement.
Nabiga Masy, chef de Doullougou, jeune frère de Boukary, est venu passer les fêtes à Banéma. Ce jeune homme a des manières qui dénotent également un peu d’éducation et de savoir-vivre.
La bête qu’il monte est fort jolie et très bien harnachée ; lui, en revanche, porte une coussabe d’un goût douteux pour un Européen, mais peut-être fort estimée ici. La figure du nabiga est entièrement cachée par un lemta en karfo qui ne laisse paraître que les yeux.
Les quatre jeunes gens occupant les fonctions d’échansons servent d’escorte au naba ; ils sont vêtus de surtouts, sorte de petites coussabes à taille de diverses nuances, et serrés à la ceinture par un cordon rouge ; ils portent chacun une collerette formée de petits triangles en argent renfermant des amulettes.
Ils sont pieds nus et se distinguent des autres captifs par leur coiffure dont les cheveux sont arrangés en cimier ; le reste de la tête est entièrement rasé. Ils portent des houseaux en cuir, des bracelets et des anneaux de bras en même métal qui, une fois mis en place, ne peuvent être retirés que par un forgeron après un long travail.
Les autres cavaliers portent des vêtements couverts d’amulettes, des turbans ou des chapeaux de paille. Ils sont armés d’un sabre ou d’une lance. Quelques-uns ont les houseaux en cuir de couleur, montant jusqu’à la ceinture. Tout le luxe des cavaliers mossi consiste à charger de cuivrerie la tête du cheval ; ils suspendent à la selle jusqu’à de petits chaudrons en cuivre.
Un gamin montant un âne noir ouvre la marche ; viennent ensuite les griots avec les tam-tams et leurs trompes, les échansons, le naba et moi ; Masy, les guerriers et trois marchands haoussa suivent en amateurs.
Pendant la route, les cavaliers se détachent successivement et chargent en manœuvrant la lance. Masy et deux autres cavaliers montant de forts chevaux chargent admirablement. J’ai remarqué que tous montent avec les étriers très longs ; ils chargent, le haut du corps droit et debout sur les étriers. Les échansons, qui montent des chevaux de plus petite taille, chargent deux par deux en se tenant par la main. En général les Mossi montent bien.
Une demi-heure après notre départ nous sommes à Sakhaboutenga. On met pied à terre et l’on campe sous les arbres à l’entrée du village. Quelques musulmans du voisinage viennent saluer Boukary et lui offrir des kola en lots variant de cinq à vingt fruits, mais toujours présentés dans un coin de leur boubou. Un village des environs envoie douze grandes marmites de dolo.
Au loin et dans toutes les directions débouchent du village de longues files de musulmans allant se réunir à l’imam pour la prière ; quelques curieux venant des environs montent des ânes.