Les limites du Mossi ne paraissent pas s’être jamais étendues beaucoup plus au nord qu’actuellement, quoique Ahmed Baba mentionne qu’en 1329 (?) le roi du Mossi s’empara de Tombouctou et mit la ville à feu et à sang. Cette date, qu’il n’affirme pas, me paraît en effet erronée, car si c’est vers 1326 que Tombouctou fit sa soumission à Mansa Mouça, roi du Mali, il me paraît difficile que trois ans après, les Mossi aient réussi à s’en emparer ; d’autant plus que les Mandé paraissent y avoir fait un assez long séjour. C’est en effet sous le règne de Mansa Mouça qu’Isaac de Grenade éleva la grande mosquée, dite Djemmâa el-Kébira. Ce même roi y construisit également un palais dont l’emplacement est encore connu. Cette résidence royale portait le nom de Madougou. Il est plus logique de supposer que les Mossi faisaient alors partie du sultanat de Mali, et que c’est vers 1326, avec les Mandé ou sous leurs ordres, qu’ils s’emparèrent de cette ville. Du reste, un peu plus loin le même écrivain dit que le roi du Songhay, Ali Killoun ou Killnou, se reconnaissait vassal du Mali, et que Tombouctou fut pendant cent ans sous la domination du Mali. Les Mossi ont dû rester assez longtemps après en contact avec les Touareg[123], puisqu’ils ont adopté en partie leur costume et qu’ils se servent comme eux du sabre à poignée en croix. Ils ont dû commencer à se retirer vers le sud sous le règne de l’Imoschar’A’Kil (1433), et compléter leur retraite devant l’arrivée des Songhay, sous Sonni Ali (1468) et surtout sous Askia, en 1498, qui battit Nassi, roi du Mossi, pilla et ravagea entièrement son pays.

Au moment de la prise de Tombouctou par les Mossi, il y avait probablement longtemps que des Mandé étaient fixés chez eux. Djenné n’est pas loin du Mossi, et sous Mari Diata ou Diara (1260) Djenné était presque exclusivement fréquenté et habité par des Mandé. Ce qui m’autorise à faire cette supposition, c’est qu’on trouve dans le mor’[124] quelques mots d’origine mandé ; on voit très bien qu’il y a eu contact.

Ils possédaient aussi déjà, au moment de la conquête de Tombouctou, la vilaine petite selle mandé avec toutes ses imperfections, car s’ils étaient arrivés sans chevaux, et par conséquent sans selles, chez les Touareg et chez les Songhay, ils n’auraient certes pas manqué d’adopter l’élégante selle en usage chez ces deux peuples et dont j’ai vu des échantillons chez les cavaliers songhay de Gandiari.

Après la guerre d’Askia contre le Mossi, Ahmed Baba ne parle plus de ce pays que pour mentionner qu’en 1533 les Portugais envoyèrent de la Côte d’Or une ambassade au roi du Mossi, en lutte à cette époque avec le roi du Mali, Mandi Mouça.

Quant à la légendaire histoire du Wolof Bémoy, que les Portugais amenèrent à Lisbonne, il n’y a pas à s’y attarder. Ce Wolof raconta à Lisbonne que les Mossi avaient beaucoup d’analogie avec les chrétiens et que le roi portait le titre d’ogane. Ce récit fut pris au sérieux par quelques personnes qui voulaient voir dans le titre d’ogane la corruption du mot Johannes, et en conclurent que le premier roi du Mossi devait être l’apôtre Jean.

Il est peu probable que les Mossi, en dehors de l’expédition sur Tombouctou, aient fait d’autres guerres importantes ; ce qui tendrait à le prouver, c’est qu’eux-mêmes affirment qu’à part les Mandé musulmans qui vivent au milieu d’eux, ils sont tous de même race.

Ils s’en vantent en faisant remarquer qu’ils sont environnés de peuplades à demi barbares qu’ils n’ont pas voulu annexer parce qu’ils ne sont pas de même famille. Je ne crois pas que ce soit le sentiment de l’homogénéité qui les ait guidés, c’est un tout autre mobile et un mobile qui n’est pas flatteur pour eux. Le Mossi n’a jamais annexé le Gourounsi, tout simplement parce qu’il ne pourrait plus le ravager ; si au contraire il vit en hostilité avec lui, il y trouvera son profit, puisqu’il aura toujours la ressource de capturer ses habitants. Je ne puis trouver de meilleure comparaison qu’en appelant le Gourounsi « le vivier du Mossi ».

L’aspect général des pays mossi que j’ai traversés pour me rendre à Waghadougou est celui d’une plaine élevée (altitude 900 mètres) dans laquelle on ne remarque même pas un léger plissement ; le sol est uniformément plat et entrecoupé de temps à autre de terrains marécageux ou de petits biefs pleins d’eau sans écoulement apparent.

A proprement parler, le Mossi ne compte pas de fleuve ni de cours d’eau importants.

J’ai cherché vainement où pouvaient se trouver les sources de la Schirba, rivière que Barth a traversée entre Say et Zebba, et j’ai acquis la certitude que ce cours d’eau est d’une importance tout à fait secondaire. Au moment où Barth l’a traversée, le 2 juillet 1853, la rivière avait 6 mètres de profondeur, mais c’était presque en plein hivernage, il y avait eu vingt et une pluies, dont plusieurs de grande durée. La rivière était donc déjà fortement gonflée. Du reste, sa largeur est de 100 pas, dit-il, ce qui fait 30 mètres au lieu de 200 mètres, comme cela est indiqué sur plusieurs cartes.