1o Une purge d’un sel de provenance du Haoussa, nommé konri en mossi et en haoussa.
2o Infusion de l’écorce d’un arbre appelé seguéné en mandé.
J’ai usé de ces médicaments pour mes chevaux, ce qui ne les a pas empêchés de mourir, jusqu’à présent, au bout de quatre ou cinq mois de travail. Les animaux, dès qu’ils font un peu de service, sont vite atteints de fièvre paludéenne, qui se change bientôt en accès pernicieux, ou détermine l’anémie, et les noirs n’ont pas de médicament pour cela.
Nous savons heureusement mieux qu’eux soigner nos animaux, et il n’est pas rare de voir un cheval indigène faire toute une campagne sur le Niger (dix mois), ce qui n’arrive jamais chez les noirs. J’ai vu les chevaux qui restaient à Samory au mois d’août 1887 devant Sikasso ; c’était leur cinquième mois de campagne, dont quatre mois de séjour sans fatigue devant Sikasso, et aucun d’eux n’aurait été capable de faire 100 kilomètres en 5 jours. Parmi eux, il y en avait même qui n’avaient que deux ou trois mois de service, Samory renouvelant ses chevaux au fur et à mesure de ses ressources en captifs.
Je suis persuadé que nos vétérinaires employés dans le Soudan français, en mettant en pratique les observations qu’ils ont faites ou feront pendant des séjours répétés dans notre colonie, arriveront à combattre victorieusement l’affection paludéenne chez les chevaux, et peut-être même à enrayer son développement ; de même que si on leur en fournit les moyens, ils arriveraient, en employant l’étalon du Yatenga, à nous créer une qualité de chevaux qui nous dispenserait de faire venir onéreusement des chevaux d’Algérie, qui ne résistent pas[128].
Quel est le peuple qui a importé le cheval au Yatenga ? Nos recherches nous l’apprendront peut-être plus tard ; toujours est-il incontestable que ce cheval a conservé le type arien. Si l’on en croit les savantes études de Piètrement[129], le cheval arabe ne serait même autre chose qu’un cheval arien ; si donc les anciens ont réussi à acclimater le cheval arien en Algérie et dans le Yatenga, nous devrions arriver à en faire autant, et même mieux, car il faut admettre que les connaissances vétérinaires sont plus étendues actuellement qu’elles ne l’étaient il y a vingt siècles. A-t-on essayé d’acclimater en Afrique, et en particulier dans le Soudan, des chevaux d’Europe ?
Si je me suis écarté de mon sujet en effleurant cette question, j’ai tenu simplement à soumettre mes propres observations aux gens compétents, mes connaissances n’étant pas assez étendues pour me permettre d’entrer dans des détails plus techniques, c’est aux gens du métier à la traiter plus complètement.
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Si le Mossi produit peu de chevaux, il est incontestable que c’est un pays de productions d’ânes. Il semblait cependant jadis plus prospère qu’actuellement, si l’on s’en rapporte à Barth, qui signale à son passage à Dôre un convoi d’ânes considérable acheté par des gens d’Ahmadou, cheikh de Hamdallahi. Aujourd’hui, quoiqu’on trouve des ânesses dans tous les grands villages, il est moins facile de se procurer des ânes qu’à Bakel ou à Médine[130]. Leur prix est ici relativement élevé, il varie entre 30000 et 35000 cauries pour un mâle, et pour cette même somme on peut se procurer à Kong, Dioulasou, dans le Lobi et le Gourounsi environ 60 francs d’or ; ce prix ne diffère pas sensiblement de ce qu’on paye les ânes dans les postes cités plus haut, lorsqu’on les achète payables en guinée. J’ajouterai encore que les ânes du Mossi sont bien moins résistants que les ânes de Bakel. Dès qu’ils travaillent un peu, ils dépérissent ; j’en ai fait l’expérience dans la suite de mon voyage. Ainsi, sur cinq belles bêtes achetées à Oual-Oualé, j’en ai perdu quatre jusqu’à Salaga. La cause du peu de résistance de ces animaux tient à ce que jamais ils ne voyagent en hivernage et qu’en saison sèche leur entraînement se borne à un ou deux voyages de Oual-Oualé à Salaga. Toujours à l’abri de la pluie dans les villages, ces animaux ne sont plus propres à rien au bout de deux ou trois jours de route, et meurent infailliblement, n’étant pas habitués aux intempéries. L’âne du Mossi a en outre l’échine excessivement longue, il est moins ramassé que le bourricot court des Maures et de notre Soudan.
Un de nos camarades, qui s’est occupé de zootechnie pendant son séjour dans le Soudan français, dit qu’il n’existe qu’une race d’ânes dans le Soudan, et qu’il est en train de s’en créer une autre par le croisement d’ânes algériens noirs avec des ânesses indigènes.