Une heure après il revient et proteste de son amitié pour moi : « Jamais, dit-il, tu n’aurais fait cela, et pour bien te prouver que je suis ton ami, je t’accompagnerai à cheval jusqu’à Makhana ; et quand le courrier de l’almamy arrivera, j’irai moi-même le porter la lettre à Bammako. »

J’étais donc libre de m’en retourner et je m’en réjouissais déjà, lorsqu’il se ravise, revient, insiste pour me faire laisser mes bagages et mes animaux. Finalement, il me propose d’aller ensemble jusqu’à la rivière Baoulé : nous rencontrerons forcément le courrier. Je refuse naturellement, sachant bien qu’une fois au Baoulé on trouverait d’autres raisons pour entraver ma route.

Voyant que je ne reviendrais pas sur ma décision, il me donne rendez-vous pour le lendemain matin au départ.

10 août. — Le lendemain de bonne heure, je me mets en route, après avoir, par-ci par-là, distribué quelques cadeaux. J’allai avec mon domestique à Ténetoubougoula pour prendre Kali en passant, puisqu’il devait m’accompagner. Les chevaux de Kali, du chérif et de leurs griot étaient sellés ; le chérif s’entretenait à voix basse avec Kali et sa suite ; au bout d’un quart d’heure d’attente je fis demander à Kali ce qu’il attendait : il me répondit qu’il regrettait beaucoup de ne pouvoir m’accompagner, mais que « les chevaux n’étaient pas contents d’être montés ce matin ».

Je me mis donc en devoir de rallier mon convoi, et peu de temps après j’apprenais par un dioula que Kali, accompagné de quelques hommes armés, me suivait à environ deux kilomètres.

Quel était le mobile qui dictait à ce chef cette conduite étrange ? Avait-il peur de moi ou craignait-il que je ne prisse un des chemins qui mènent dans le Ségou ? Je l’ignore.

Un de ses griots m’accompagna jusque sur les bords du Niger, où j’arrivai le 13 à neuf heures du matin. A midi et demi je me retrouvais au milieu de mes camarades du poste.

Mon retour ne leur causa aucune surprise. Le docteur Tautain, qui commandait le cercle, avait appris par des marchands ma fâcheuse situation à Ouolosébougou et devait le lendemain me faire prévenir par un courrier de faire tout mon possible pour revenir.

Les soins dont j’étais entouré, la bonne nourriture, me remirent promptement, et trois jours après je prenais des dispositions pour demander à Madané, fils d’Ahmadou, l’autorisation de traverser le Ségou. La situation de ce côté était peu brillante : le Bélédougou était en lutte ouverte avec les Toucouleur de Ségou ; il paraissait difficile au commandant du cercle de faire parvenir une lettre en ce moment, lorsqu’une dépêche de Kayes nous informa du prochain passage de deux hommes du Ségou, envoyés d’Ahmadou. Il fut décidé que nous attendrions leur arrivée pour faire partir ma demande.

Sur ces entrefaites il vint un sofa de l’almamy porteur d’une lettre en arabe, dont je donne la traduction ci-dessous :