La lettre de l’almamy, comme on le voit, m’autorisait à traverser ses États ; je fis donc mes préparatifs pour repasser le Niger, bien décidé à revenir si les difficultés recommençaient.
Le 3 septembre je traversais le Niger, et le 8 j’arrivais à Ouolosébougou ; l’accueil de la population avait été plus franchement amical que lors de mon premier passage : dans tous les villages on me fit un cadeau en nourriture toute préparée ou en denrées, un des villages me donna même un bœuf.
A mon arrivée à Ouolosébougou, je n’y trouvai pas Kali, quoique dès Sanou je l’eusse envoyé prévenir de mon passage par un courrier se dirigeant vers Faraba en prenant à Cisina le chemin du bord du fleuve, plus direct que celui qui passe par Ouolosébougou.
Le lendemain je m’arrêtai à Séguésona. Une grosse rivière très gonflée par les pluies et au courant très rapide, affluent du Banifing, me força de rester inactif toute la journée. Comme ce cours d’eau ne commença à se dégonfler que vers quatre heures, le passage dura fort longtemps et ne fut terminé qu’à neuf heures et demie du soir.
Trois ânes avaient été entraînés par le courant : quatre bons nageurs réussirent à les faire aborder à environ 1 kilomètre en aval et à les ramener au campement. Cette rivière a de 1 m. 50 à 3 mètres de profondeur en cette saison, des berges très escarpées et glissantes ; sa largeur est de 12 à 15 mètres.
Kali vint donc dans la journée ; il m’apportait 2 bœufs, 2 moutons et une vingtaine de kilos de riz ; je lui fis cadeau d’un fusil à deux coups, d’une paire de pistolets et de quelques menus objets, bonnets en velours, couteaux, etc. C’était un vendredi et nous rencontrions des femmes se rendant au marché de Ouolosébougou ; quelques-unes, qui venaient de Sounsouncoro, connaissaient par son nom le jeune sofa qui m’accompagnait ; elles l’interpellaient en lui disant : « Kélébakha, ini-tié. » Comme je savais mon gaillard originaire du Torong, cela m’intriguait. Je fis signe à Diawé, qui questionna une femme. Elle lui apprit que Kélébakha était resté une demi-lune à Sounsouncoro et qu’il n’y avait pas longtemps qu’il était parti pour Bammako y chercher un blanc.
Quelques jours après, le jeune Kélébakha fit des ouvertures à Diawé, lui raconta qu’il ne tarderait pas à déserter : le moment était venu de l’interroger. Il m’avoua être parti du camp de l’almamy porteur de deux lettres. Arrivé à Sounsouncoro, il fut arrêté et les deux lettres portées à Faraba.
Quelques jours après mon départ pour Bammako, on lui en donna une avec l’ordre de me rejoindre et de me la remettre ; on lui recommanda surtout de me cacher qu’il ne venait pas directement de la colonne.
Le kéniélala de Ouolosébougou était bien renseigné, comme on le voit.
Samory avait là une belle occasion de nous prouver sa reconnaissance pour la situation que nous lui avions créée vis-à-vis des autres souverains et chefs de la rive droite du Niger, en appelant son fils Karamokho en France et en lui faisant l’honneur de traiter avec lui.