Vue de Bammako.
Il nous remercie par la plus noire ingratitude.
Dieu seul sait comment je sortirai de son maudit pays, car mes tribulations commencent seulement sans doute.
A Séguésona, au lieu de prendre le chemin le plus suivi, passant par Ourou, et dont je possédais un très bon itinéraire, je suivis un autre chemin moins frayé en cette saison et plus à l’est, afin de me rapprocher du Kéléya et du Banan, sur lesquels je n’avais que de médiocres renseignements.
Le lendemain je quittais le chemin de Kéléya à Missaguébougou (pays des bœufs blancs), misérable petit village ne contenant qu’une trentaine d’habitants, et je faisais étape le soir à Dialanicoro, le passage de la Koba, autre affluent du Banifing, ayant considérablement ralenti ma marche.
Cette rivière est très profonde, aux berges escarpées, et d’une largeur variant de 10 à 15 mètres. Il n’existe qu’un pont en branchages dont la partie nord s’était affaissée entraînée par les eaux ; il fallut faire des prodiges d’équilibre pour le franchir ; l’opération était presque terminée lorsque le reste du pont se rompit, entraînant six de nos hommes qui faisaient passer les deux dernières charges.
Le reste de mes noirs se jeta immédiatement dans la rivière pour porter secours aux malheureux que le courant emportait ; hommes et bagages furent sauvés, il n’y eut de perdu que mes allumettes, qui avaient pris l’eau quoique soigneusement enfermées dans des boîtes en zinc fermant presque hermétiquement.
Comme Missaguébougou, Dialanicoro est sans ressource et aux trois quarts ruiné. Des femmes bambara étaient occupées à y préparer du beurre de cé, destiné à l’almamy.