Ce n’est pas chose facile que d’organiser une mission qui doit durer deux ans au minimum.
Je voulais marcher seul, avec le plus petit nombre de personnel possible. Pour cela, il fallait me constituer une pacotille peu volumineuse, où cependant toutes les industries seraient à peu près représentées.
Dans ces régions, l’échange direct n’existe pas ; avant de faire un achat, il faut transformer les objets de la pacotille en monnaie courante acceptée dans le pays.
On peut dire que le succès de la mission dépend en grande partie de sa préparation. Le voyageur doit surtout s’attacher à emporter des charges ayant le moins de volume et de poids possible, mais beaucoup de valeur. Le corail, l’ambre, les perles, les soieries, remplissent très bien ce but ; mais, comme on est appelé à traverser des régions où la civilisation n’est pas assez avancée, il est nécessaire d’emporter aussi des articles de moindre valeur dans une proportion à déterminer[1].
Pour conserver précieusement sa pacotille, la préserver des rosées et lui permettre de tomber impunément plusieurs centaines de fois à l’eau, il faut également faire choix d’un emballage qui remplisse ces conditions.
Toutes mes marchandises étaient enveloppées dans une toile molesquine, puis roulées dans une couverture en laine, qui elle-même était renfermée dans un sac sulfaté fermant à cadenas, et de dimensions telles qu’il pût être porté à dos d’hommes ou constituer une demi-charge d’âne (30 kilogrammes au maximum). En outre, les papiers et choses précieuses étaient renfermés dans des boîtes en fer-blanc.
Tout cela dut être confectionné avant le départ.
En dehors des marchandises d’échange, j’avais à me munir de campement, d’armement, de munitions et d’instruments.
Des vivres, je n’en emportai que juste ce qui était nécessaire pour ne pas passer, sans trop brusque transition, de la nourriture européenne à la nourriture indigène, et donner le temps à mon estomac de se dilater assez pour contenir la volumineuse dose d’aliments indigènes qu’il est nécessaire d’absorber pour calmer la faim.
Pour mener à bien ma mission, deux routes s’offraient à moi : celle du Soudan français et celle du golfe de Guinée. Voici les raisons qui m’ont fait opter pour la voie Sénégal-Niger-Bammako :