1o Impossibilité de se porter à Assinie ou Grand-Bassam autrement que par des vapeurs anglais, et inconvénient d’éveiller ainsi l’attention sur mes projets de pénétration vers une région convoitée depuis longtemps par l’Angleterre ;
2o Les explorations vers l’intérieur en partant du golfe de Guinée avaient toujours échoué de ce côté ;
3o Renseignements trop vagues sur les voies de pénétration vers l’intérieur ;
4o Difficulté de recruter une escorte de gens connus et dévoués ;
5o Impossibilité, en partant du golfe de Guinée, de faire usage d’animaux porteurs, et obligation d’avoir recours à des noirs, qui, s’ils se révoltaient ou se menaient en grève, me forceraient à rebrousser chemin.
6o Avantage, en traversant le Soudan français, de pouvoir emmener des hommes dévoués et dont je connaissais les langues et dialectes.
Enfin, la traversée du Soudan français et des États de Samory semblait surtout m’offrir l’avantage de marcher longtemps et assez loin vers l’intérieur sous la protection de chefs avec lesquels nous sommes en relation. Le difficile est d’aller assez loin et de traverser plusieurs États. Au fur et à mesure que l’on avance vers l’intérieur, la méfiance des indigènes diminue : on n’a pas de peine à leur faire comprendre qu’on n’est pas tombé du ciel et que, pour avoir déjà traversé tant de pays sans encombre, on jouit d’une bonne réputation.
Le 18 février 1887, tous mes achats étaient terminés, et le 20 je m’embarquais à Bordeaux, sur le paquebot la Gironde, emportant avec moi toutes mes provisions et marchandises. Le 28 à midi, j’étais à Dakar, où je ne restai que le temps nécessaire au transbordement de mes bagages du quai au chemin de fer, et je partis pour Saint-Louis.
Malgré toute la hâte que j’avais de me mettre en route, je dus rester à Saint-Louis onze jours ; en cette saison, où il n’y a presque plus d’eau dans le fleuve, les départs ne sont pas fréquents. M. Genouille, gouverneur du Sénégal, fit tout ce qu’il était possible pour me rendre moins pénible mon voyage vers Kayes. Sur ses ordres, un chaland, muni d’une baraque en planches avec véranda, fut installé à mon intention. Il devait servir à ramener des malades à Saint-Louis le cas échéant.
Le gouverneur m’offrit également un petit cheval du Cayor, provenant des dernières prises ; je le mis immédiatement en route, par terre, sous la conduite d’un indigène nommé Ndyaye Kane, frère d’Éliman Baba, chef de Podor. Ce noir, qui nous est dévoué depuis fort longtemps, amena le cheval à Bakel en douze jours. La traversée du Fouta eut lieu sans incidents, M. Genouille ayant eu la bonté d’écrire à ce sujet à Abdoul Boubaker, almamy[2] du Fouta.