Le 12 mars au matin, je quittai donc Saint-Louis sur mon chaland, remorqué par le Médine, qui portait des approvisionnements et le courrier de France. J’emportais les vœux de réussite du gouverneur et ceux de nombreux amis qui étaient venus jusqu’au chaland me serrer la main.

A Mafou (premier barrage), où j’arrivai le 14, les cinq laptots[3] qui composaient l’équipage de mon chaland se mirent à la cordelle, et c’est ainsi que je naviguai jusqu’à Moudiéri, à une vingtaine de kilomètres en aval de Bakel ; ce fut le point extrême que je pus atteindre, quoique mon chaland ne calât que 20 centimètres.

Ces voyages en chaland, quand on est en bonne santé et bien installé, ne sont pas pénibles. J’avais du reste un peu d’ordre à mettre dans mes nombreux colis, ce qui me créa une occupation de quelques heures par jour. Les rives du fleuve sont très giboyeuses, surtout l’île à Morfil. On se distrait le matin en chassant ; dans la journée, on tire des caïmans, des hippopotames, et le soir on peut se livrer à la pêche.

Avec un chaland un peu lourd, comme celui qui me portait, il ne faut pas espérer franchir plus de 8 à 10 milles par jour, en remontant le courant, les échouages étant assez fréquents.

Le 22 mars j’étais à Saldé, le 31 à Matam. Le mois d’avril amena des vents favorables ; ma toile de tente servit de vire (voile), comme disent les Wolof, et nous gagnions 1 à 2 milles par jour environ.

C’est dans la nuit du 4 au 5 avril qu’eut lieu la première tornade sèche ; le vent sévit avec violence et notre chaland mal mouillé remonta le courant pendant environ 500 mètres. L’ancre traînant au fond de l’eau, je craignais de la voir s’empêtrer dans quelque bois mort, mais il n’en fut rien et ce grain n’eut pas de suites fâcheuses.

La Gironde à Dakar.

Enfin, le 9 avril, après plusieurs tentatives pour franchir les bancs de Moudiéri, je dus y renoncer et me rendre par terre à Bakel.

Le lendemain, M. Largeau, commandant du cercle de Bakel, eut l’amabilité d’envoyer de petites embarcations à Moudiéri pour y prendre mes bagages.