Secondé par les camarades en garnison au poste et les traitants de Bakel, j’achetai dix-huit ânes contre des armes et de la guinée[4], et j’engageai un peu de personnel.
Les traitants de Bakel sont pour la plupart des Wolof de Saint-Louis ; ils savent presque tous lire et écrire le français ; un d’entre eux, Boly Katy, a même fréquenté pendant quelque temps une institution à Bordeaux. Les autres ont appris ce qu’ils savent à l’école des otages de Saint-Louis, créée par le général Faidherbe quand il était gouverneur du Sénégal. Leur concours m’a été précieux. Ce sont eux qui m’ont fait confectionner les petits sacs (tarfadé) qui servent de bât et brêler par leur personnel mes bagages à la manière des ballots de gomme des Maures.
Ils m’ont initié à mille petits détails qu’il est utile de connaître quand on emploie ce mode de transport, et cela avec le plus grand désintéressement. Je leur adresse ici tous mes remerciements, et à mon ami Boli Katy en particulier.
Ce sont de bons Français, ils se sont vaillamment battus lors de l’attaque de Bakel par Mahmadou-Lamine ; quelques-uns d’entre eux ont reçu à cette occasion des médailles d’honneur du ministre de la marine.
Le 21 avril au soir je quittai Bakel. Au moment de me mettre en route, un de mes ânes m’administra un bon coup de pied, ce qui fit dire à Dieumbé, un des traitants : « Tu as vraiment de la chance : quand, avant le départ, on reçoit un coup de pied ou que l’on est piqué par une abeille, c’est signe de réussite. Nous n’avons pas besoin de te souhaiter bon voyage. »
Arrivé à Médine le 29, j’étais prêt à me mettre en route quelques jours après. Le commandant Monségur, commandant de Kayes, me facilita le recrutement de mon personnel en me cédant tous les manœuvres qui me convenaient et que je choisissais exclusivement parmi ceux originaires de la rive droite du Niger et des pays mandé.
A Médine même, j’achetai six captifs, que je libérai ; tous les six avaient été pris par les sofa[5] de Samory pendant les dernières expéditions dans le Ouassoulou, le Bolé, etc. ; ils connaissaient une notable partie du pays de Samory que je me proposais de visiter.
Le colonel Gallieni, commandant supérieur du Soudan français, ne tardait pas à arriver à Kayes. Il me mettait aussitôt en possession d’une lettre de recommandation, en arabe, pour l’almamy Samory, dont j’avais à traverser les États, et d’une autre adressée à tous les chefs que je pourrais rencontrer dans mon voyage.
Voici ces deux lettres :