Le chaland pendant la tornade.

« Le lieutenant-colonel Gallieni, commandant supérieur du Soudan français, à l’almamy Samory :

« Le porteur de cette lettre est un officier qui est envoyé par le grand chef des Français pour visiter les marchés de Kong et des pays voisins dont tu as beaucoup parlé au capitaine Péroz.

« M. Binger a pour mission d’étudier les produits de ce pays et de voir quels sont les objets que nos commerçants devraient apporter à Bammako pour leurs échanges avec les habitants de Kong et des pays voisins. M. Binger accomplit une mission toute pacifique et je le prie de l’aider de tout ton pouvoir dans son voyage. Tu me feras plaisir et tu montreras ainsi que tes sentiments d’amitié sont bien sincères.

« Je te salue. »

« Le lieutenant-colonel Gallieni, commandant supérieur du Soudan français, à tous les rois et chefs des pays situés de l’autre côté du Niger :

« Celui qui vient vous visiter est un ami. Il ne vous porte que des paroles de paix et d’amitié. Vous savez que les Français possèdent un établissement commercial à Bammako, sur le Niger. Ils ont donc résolu de vous envoyer quelqu’un pour vous connaître, pour vous dire notre désir d’entrer en relations d’amitié et de commerce avec vous. Moi, le chef français de tout le pays depuis Bakel jusqu’à Bammako, je vous recommande le lieutenant Binger, qui va vous visiter, et je vous prie de l’aider dans son voyage, il n’en résultera que du bien pour vous.

« Je vous salue. »

Le colonel eut la bonté de me mettre au courant de tout ce qui pourrait m’intéresser et me communiqua les derniers traités qu’il venait de signer. A Kayes, j’eus la bonne fortune de rencontrer mon ancien palfrenier Mouça Diawara, qui de suite demanda à m’accompagner ; comme j’avais été très content de lui pendant mon séjour ici en 1884-85, je m’empressai de l’enrôler en lui faisant cadeau d’un fusil à pierre à deux coups, ce qui mit le comble à son bonheur.

Bien pourvu et muni de tout ce qui est nécessaire pour un voyage de dix-huit mois à deux ans, je m’acheminai vers le Niger et quittai Médine le 14 mai. Je suivis notre route de ravitaillement et arrivai à Bafoulabé le 18, à Badumbé le 24 et à Kila le 1er juin, donnant dans chaque poste deux jours de repos à mes animaux, afin de ne pas les surmener.