J’avais prié, par dépêche, le commandant de Kita d’apprendre mon arrivée à mon ancien domestique, Diawé, un Fofana de Dogofili, en qui j’avais la confiance la plus absolue. En arrivant à Boudofo, je l’aperçus de loin qui accourait en me disant : « Bonjour, ma lieutenant, moi qui vinir de suite pour service toi, parce que moi qui trop content pour toi. » Ce pauvre garçon était tout heureux de me revoir et de m’accompagner.
Le 21 juin j’étais à Bammako. Partout à mon passage dans les postes je reçus l’accueil le plus cordial et emportai les vœux de tous les camarades pour le succès de ma mission.
Tous ceux qui, comme moi, sont venus plusieurs fois au Sénégal, savent combien les officiers d’un poste sont heureux de recevoir la visite d’un camarade de passage. A peine est-il entré qu’on s’empresse autour de lui, on l’installe le plus confortablement possible, on le soigne, on le comble d’attentions : lui manque-t-il quelque chose, vite on le force d’accepter ceci, d’emporter cela. Après le premier repas on se croirait vieux camarades, et pourtant on ne s’est jamais vu, c’est à peine si on se connaît de nom.
Dans ce pays, où l’on éprouve tous les mêmes souffrances, où l’on est si loin de ceux qu’on aime, on se sent naturellement porté l’un vers l’autre, vers ce dernier arrivé qui apporte comme un peu d’air de France.
Personne ne sait pourquoi il aime le Sénégal ; il aura beau y avoir souffert, si vous le questionnez à ce sujet, il vous répondra invariablement : « Je ne m’y trouvais pas aussi malheureux que cela, j’étais libre, j’étais mon maître. J’ai été quelquefois bien malade, mais vite remis à ma rentrée en France, la traversée m’a suffi ! »
En effet, dès qu’on a mis le pied à Bordeaux, tout ce qu’on a souffert est oublié. Quelques mois après, à la première petite misère qui vous arrive, on crie par tous les échos : « Ah ! j’étais bien plus heureux au Sénégal ! » C’est ainsi qu’on y revient.
En arrivant à Bammako, je m’informai d’abord de ce qui se passait chez nos voisins de la rive droite du Niger.
Voici quelle était la situation :
1o Ahmadou, sultan de Ségou, venait de signer, avec le colonel Gallieni, un traité par lequel il plaçait ses États sous notre protectorat. Il était à Nioro, dans le Kaarta, et coupé du Ségou par les Bambara du Bélédougou. Son fils, Madané, gouvernait à Ségou-Sikoro ; il était en guerre contre les Bambara commandés par Karamokho Diara, frère d’Ali Diara, ancien roi de Ségou.
2o Samory, comme on le sait, venait également de signer avec nous un traité, plaçant ses États sous notre protectorat. Lui, ses frères et son fils Karamokho étaient partis en guerre contre Tiéba, chef du Kénédougou et du Ganadougou, sur la rive droite du Bagoé.