Deux griots se rendant à la colonne, nous rejoignent quelques instants après ; et, pensant se divertir à nos dépens, ils se mettent à tirer d’un dian-ne et d’un fabrésoro des sons si peu harmonieux qu’au bout d’une demi-heure je suis forcé de les renvoyer. Ils espéraient extorquer quelque cadeau ou quelque aumône à mes hommes.
Le dian-ne est un instrument de musique très répandu chez les Bambara ; il consiste en une calebasse traversée par trois fortes lamelles de bambou pourvues chacune d’une corde en boyau, fixée à un chevalet en bois ; on en joue comme d’une harpe.
Le fabrésoro est plus insupportable encore que le dian-ne : il est construit à l’aide d’un roseau aux deux bouts duquel sont adaptées deux petites calebasses. Il donne des notes très criardes ; on en joue comme d’une flûte.
Rencontre de deux griots.
Les griots, au Soudan, nous rappellent les bardes, « ces vieux chantres de la gloire et de la religion qui avaient fait de leur lyre un instrument de honteux servage.
« Pour quelques-uns, encore inspirés par l’amour du pays et par le respect des choses saintes, partout on voyait de méchants poètes attachés à la domesticité des princes et chargés de distraire leurs ennuis.
« Le roi Luernius, jetant de l’or, comme une aumône, au barde couvert de sueur et de poussière qui chante ses grossières louanges en courant après son char, n’est-il pas le témoin de la décadence et l’image manifeste de la dégradation ! » etc.
Ainsi s’exprimait Posidonius[18], et ce qu’il disait des anciens bardes se rapporte absolument aux griots soudanais.
A deux heures et demie, je me remets en route, et à quatre heures et demie, par une pluie torrentielle, nous atteignons Kourala. Ce village est composé de deux grands groupes entourés de baobabs et de bombax remarquables par leur grosseur et leur hauteur.