Tous les habitants sont sénoufo. C’est assez original, cette façon de construire : aucune rue n’est droite, les cases sont toutes carrées et construites comme celles des Bambara, mais moins bien ; les briquettes sont rectangulaires au lieu d’être rondes, enfin les portes d’entrée sont très basses.
Les rues, étroites, sont encombrées de magasins à mil en terre cuite d’une hauteur de 2 mètres sur une largeur de 1 mètre. Au milieu des rues se trouvent des poteaux de la hauteur des cases. Ces poteaux supportent une grossière charpente en branchages, et le tout est couvert de tiges de mil, de sorte que l’on est à l’ombre dans les rues. En ce moment ces toits sont en assez mauvais état : le mil n’étant pas encore récolté, ils ne sont pas refaits à neuf.
J’ai été reçu à Kourala par un sofa de quatorze à quinze ans, faisant l’homme, lançant des coups de fouet aux curieux et gesticulant beaucoup. Il m’a présenté le chef du village, un homme d’une cinquantaine d’années. Jusqu’à présent les Sénoufo m’ont paru ressembler fort peu aux autres peuples noirs que je connais déjà.
Ma mission auprès de Samory étant toute pacifique, et, voulant me maintenir strictement dans mon rôle de médiateur entre les deux belligérants, j’ai pensé qu’il serait de la plus grande importance de faire prévenir Tiéba de ne pas s’effrayer de ma présence devant Sikasso. Le difficile était de communiquer avec lui sans éveiller la défiance de Samory. Je chargeai Diawé, mon homme de confiance, de cette délicate mission, dont il s’acquitta fort bien.
Plusieurs habitants de Kourala parlaient le bambara ; Diawé lia conversation avec eux dans la nuit ; il leur expliqua que les Français étaient désireux de voir se terminer cette guerre désastreuse, et que je venais pour tâcher de faire la paix entre les belligérants. Les Sénoufo ont semblé approuver entièrement ma démarche, et il n’y a aucun doute pour moi que dès le lendemain Tiéba devait être informé du but de ma visite au camp de l’almamy. Mon séjour, que je me proposais de ne pas prolonger devant Sikasso, devait lui prouver par la suite que j’avais dit la vérité à ses gens. De sorte que si plus tard j’avais à traverser ses États, il ne pourrait que m’être reconnaissant de la démarche que j’allais tenter près de l’almamy Samory.
J’ai vu partout dans le village de la poterie et des objets en fer fabriqués avec une certaine recherche d’élégance.
Ces objets ne sont pas finis naturellement ; une simple inspection suffit pour s’apercevoir qu’ils sont de fabrication indigène ; je les signale parce que jamais je n’ai vu faire cela par des noumou (forgerons) bambara ou autres ; j’ai appris aussi que les forgerons sénoufo savent faire de la vaisselle en cuivre, et qu’ils tirent la matière première de Kong, qui elle-même la tient des comptoirs de la côte.
Une rue de Kourala.
La poterie me paraît plus perfectionnée qu’ailleurs, il y a ici des urnes de divers modèles et de toute grandeur, des écuelles et des plats de toutes dimensions, et enfin des tuyaux en terre cuite très réguliers. Comme chez les Bambara, la vaisselle est cuite dans un feu d’écorce de mana ; elle est ensuite trempée par les Sénoufo dans de grandes calebasses, dans lesquelles on a fait infuser, dans de l’eau chaude, de l’écorce, des feuilles et des fruits du sounsoun (arbre qui croît au bord de tous les cours d’eau et qui produit une sorte de petite nèfle jaune) ; cette préparation donne à la poterie un très joli brillant.