Tous ces braves gens ont des chevaux en bien mauvais état ; ma mule, qui vient de faire 250 kilomètres en sept jours, et qui aujourd’hui en est à son cinquantième kilomètre, non seulement les dépasse tous au pas, mais encore ne peut être suivie par eux qu’au petit trot.

Nous arrivons au camp à six heures un quart ; l’almamy est assis près de son palanquement, entouré d’une dizaine de ses fidèles. Il me serre la main en me saluant et me dit : « Français, bonjour ».

Arrivée près de l’almamy.

Après m’avoir exprimé son étonnement de voir un blanc marcher si rapidement, il me remercie d’avoir fait diligence pour le visiter, puis il m’installe provisoirement dans un gourbi peu éloigné de son diassa.


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La dernière étape que je viens de faire et cette marche totale me prouvent que nous exagérons souvent les distances que parcourent les noirs en général (je ne parle pas des courriers). Dans cette marche du Baoulé à Sikasso, j’ai dépassé tous les convois qui se trouvaient sur la route ; voyageant sans bagages avec deux domestiques, je n’ai pu franchir en moyenne que 30 kilomètres par jour, et le dernier jour 50 kilomètres, en partant au petit jour pour m’arrêter à la nuit tombante.

Un de mes camarades m’a confié qu’il avait obtenu de bons résultats en classant les journées de marche des noirs en trois catégories : 1o marche des enfants et des jeunes gens ; 2o marche des adultes ; 3o marche des vieillards.

Au premier abord ce classement peut paraître logique, mais quand on a un tant soit peu vécu chez les noirs, on rejette de suite cette façon de procéder ; les indigènes, quand ils voyagent, ne se réunissent pas par groupes de vieillards, d’adultes ou d’enfants ; ils se soucient peu des êtres faibles qui marchent avec eux : qu’il y ait des femmes ou des enfants, cela leur est bien égal, tout le monde sait cela. Je m’étonne qu’on puisse obtenir un résultat avec cette façon de procéder.

L’indigène du Soudan voyage :