Si vous lui dites : « Combien de jours as-tu mis pour venir de tel endroit ici avec tes ânes ? » il vous répondra carrément : trois, quatre ou cinq jours. S’il vient de loin et qu’il ait mis une dizaine de jours, informez-vous, car il s’est certainement arrêté un jour plein quelque part, dans quelque gros village ou dans une localité où il y a un marché.

On est aussi toujours induit en erreur quand on demande à un habitant la distance qui sépare son village d’un village voisin. Habitué à s’y rendre souvent, quelquefois dès sa plus tendre enfance, il vous dira comme nos campagnards : « C’est à côté », et vous avez 25 à 30 kilomètres à franchir. Ce n’est donc pas auprès d’eux qu’il faut se renseigner.

La méthode que je viens de donner n’est certes pas infaillible, mais je crois que c’est celle qui donne les meilleurs résultats ; j’en ai eu la preuve certaine à plusieurs reprises ; car toujours, avant de me mettre en route, j’ai construit un itinéraire par renseignements de la sorte, et rarement je me suis trompé de plus de 7 à 8 kilomètres au maximum sur 100.


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Mardi 27. — L’almamy me fait construire deux cases en paillote et un abri pour mon mulet ; une dizaine de sofas y travaillent toute la journée. Enfin, dans la soirée, je suis à peu près à l’abri de la pluie. Ma première visite à l’almamy paraît lui faire plaisir. Nous nous bornons à quelques propos insignifiants, un kokisi étant venu, dès le petit jour, recommander à Diawé de me tenir sur mes gardes : qu’il ne fallait parler de rien de sérieux tant que l’almamy ne me ferait pas mander chez lui, ou enverrait Karamokho chez moi.

L’almamy est un grand bel homme d’une cinquantaine d’années ; ses traits sont un peu durs, et, contrairement aux hommes de sa race, il a le nez long et aminci, ce qui donne une expression de finesse à l’ensemble de sa physionomie ; ses yeux sont très mobiles, mais il ne regarde pas souvent en face son interlocuteur.

Son extérieur m’a paru plutôt affable que dur : très attentif quand on lui fait un compliment, il sait être distrait et indifférent quand il ne veut pas répondre catégoriquement à une question. Il parle avec beaucoup de volubilité, et je le crois capable d’avoir la parole chaude et persuasive quand l’occasion s’en présente.

Assis dans un hamac en coton rayé de bleu et blanc qui lui a été rapporté de Paris, par son fils, il tient dans ses mains, dont l’intérieur est ladre, un gros morceau de bois tendre que l’on nomme en bambara niendossila, ou encore ngossé (c’est le sotiou des Ouolof), et avec lequel il se nettoie les dents.

Il est vêtu d’un grand doroké en florence mauve, de qualité inférieure, et porte une culotte indigène en cotonnade rayée noir et rouge, de fabrication européenne ; ses jambes, d’un brun chocolat plus clair que la figure, sont enduites de beurre de cé ; il est chaussé de babouches indigènes en cuir rouge.

Sa coiffure consiste en une chéchia rouge de tirailleur autour de laquelle est enroulé un mince turban blanc qui lui passe sur la bouche et encadre sa figure noire. Sur les épaules, il porte négligemment un haïk de bas prix.