No 20. Palanquement en ligne droite des hommes de Tiéba à 350 mètres du diassa d’Alpha.

Autour des diassa règne une grande propreté, on sent cependant partout une odeur de cadavres ; les herbes sont enlevées dans un rayon de 50 mètres ; les ordures et fumiers transportés à 50 mètres en arrière.

Si l’intérieur laisse beaucoup à désirer sous ce rapport, il offre en revanche un coup d’œil très curieux ; il y a là dedans, entassés pêle-mêle, chefs, guerriers, captifs, femmes, enfants, chevaux, etc., par-ci par-là des selles hors de service, et des fusils un peu partout ; c’est le désordre le plus complet qu’on puisse rêver.

Un grand diassa contient un millier de personnes environ ; pour obtenir ce chiffre, j’ai compté les toits de cases et, après avoir déduit ceux qui abritent les chevaux, j’ai multiplié le nombre de cases restant par cinq, qui est la moyenne du nombre de personnes qui y passent la nuit ; les chefs ont plusieurs cases ; il y a aussi certains sofas privilégiés qui ont une case pour eux seuls et leurs femmes, mais je n’en ai pas tenu compte.

Sur ce millier de personnes, il faut déduire tout le personnel non combattant, femmes, captives, gamins, palefreniers, griots, forgerons, selliers, tailleurs, les Bambara qui ne font que les corvées et ne sont pas armés, quantité de fabricants de gris-gris et autres non-valeurs qui seraient trop longs à citer ; ils constituent certainement au moins la moitié de la population d’un diassa. Il resterait 500 combattants ; si je porte ce chiffre à 600, je suis bien au-dessus de la vérité, car Kémébirama, qui commande un des plus grands diassa, m’a fait l’honneur de me présenter tous ses guerriers. Il les avait fait accroupir autour de lui sur une petite place de rassemblement au milieu du diassa ; la plupart d’entre eux avaient le tour des yeux noirci au kalli (antimoine), ce qui les rendait hideux. En me les présentant, il me dit d’un air fier : « Regarde, voilà tous mes guerriers, ils sont nombreux. » Mon domestique d’une part, et moi de l’autre, nous nous sommes amusés à les compter ; lui, en a trouvé 320 et moi, 340. Je maintiens cependant mon chiffre de 600, il vaut mieux apprécier en plus qu’en moins.

Il y a7 grands diassa à 600 hommes4200
4 petits à 100 hommes au maximum400
Le poste d’observation50
Les sofas de Natinian et les 18 tirailleurs del’almamy50
Total général4700hommes
(en chiffres ronds 5000)

Sur ces 5000 hommes, il y en a 140 de montés ; dans ce chiffre sont compris les chefs, l’almamy, les griots, etc. Comme je l’ai dit plus haut, ces montures n’ont que le nom de cheval, aucune d’elles ne serait capable de faire pendant trois jours de suite 30 kilomètres par jour.

Et dire qu’on a osé surprendre la bonne foi de nos meilleurs journaux de Paris, en leur faisant insérer dans leurs colonnes que le père de Karamokho était roi de 150 contrées, et qu’il pouvait aisément mettre 50000 hommes en ligne[21].

On a été jusqu’à qualifier Samory d’Alexandre du Soudan. On aurait mieux fait de le traiter de pourvoyeur d’esclaves.

Actuellement Samory a donc, d’après nos calculs en chiffres ronds, 5000 hommes ; au début de cette campagne (mois d’avril dernier), il avait bien un millier d’hommes de plus, car la mortalité a clairsemé ses rangs : le feu, les déserteurs, les blessés et surtout la famine en sont les causes principales ; il devait avoir également un nombre de chevaux beaucoup supérieur, peut-être double (250 ou 300).