Types de Bambara et de Foula devant leurs cases.
Dans la journée je me décide pour l’itinéraire Tiola, Saniéna, Komina, Bénokhobougoula. Saniéna et Komina avaient dans mes notes le qualificatif de grand marché, je voulais les voir.
Lundi 3 octobre. — Je pars de bonne heure, impossible d’avoir un guide ; aussi, au lieu de passer par Sankorobougou, qui est le chemin le plus court, je fais un peu trop de sud et allonge ma route de trois kilomètres. Je traverse les ruines de Tountjila (3 villages détruits) et, peu de temps après, un joli ruisseau bien ombragé, à eau très claire, qui coule vers le nord. Un gamin me dit que le ruisseau s’appelle Kodialani (le bon petit marigot). Trois ruines nous séparent de Saniéna, on me les a nommées, ce sont Siracoroni, Noumoula, Foulanto ; ces villages ont été détruits par les gens du Ségou. Comme le reste de Ganadougou, ce pays est habité par des Bambara et des Foula Soumantara. Ces Foula sont mélangés aux Bambara et aux Sénoufo avec lesquels ils se trouvent en contact ; aussi ont-ils emprunté la façon de construire les cases aux Bambara, et la coiffure aux Sénoufo, le tatouage est mixte : il y a du Bambara et du Sénoufo.
Je crois ce peuple très travailleur ; il y a quatre ans, leur pays était encore florissant ; mais leur situation difficile entre Tiéba, Ségou et Samory devait les mener à la ruine. Autant que j’ai pu en juger, ces gens ne demanderaient qu’à vivre tranquilles. Du reste leurs petites vallées sont fertiles, la verdure qui borde les cours d’eau semble indiquer que le pays conserve de l’eau pendant toute l’année.
Saniéna était un village d’au moins mille habitants, actuellement il n’en compte plus que quarante. On me dit que dans la soirée je pourrais atteindre Komina. Je quitte cette triste ruine à 2 heures 30, et un quart d’heure après je traverse Tiékorobougou ; ce village a plus d’un kilomètre de long, mais il est également inhabité. En sortant de cette ruine, je me trouve sur les bords d’une rivière très profonde, dont on ne m’a pas révélé l’existence à Saniéna ; je la supposais exister plus au sud, c’est le grand collecteur de la région Kourala. Elle a 20 mètres de largeur.
A toutes les questions que l’on pose, les gens de ce pays répondent par un an allongé ; mon domestique est désespéré de ne pouvoir obtenir d’autre réponse. Ce an correspond pour eux tout aussi bien au oui qu’au non : c’est la réponse toute trouvée quand on ne veut rien dire.
Ce village m’a l’air tout particulièrement hostile à l’almamy, et j’y suis coté comme un de ses amis. Je m’adresse au seul homme qui soit dans le village, il dit qu’il remplace le chef trop vieux et m’affirme qu’il m’est impossible de traverser cette rivière si je ne fais un pont. Voyant que je ne pourrais rien apprendre de lui, j’envoie mon domestique rôder du côté de la rivière sous prétexte d’aller chasser, en lui recommandant de fouiller les abords pour trouver le passage. Deux heures après, il revient et me dit avoir vu déboucher un homme qui a pris la fuite en l’apercevant. Je l’accompagne et une demi-heure après nous découvrons un passage dans le faîte des arbres reliés entre eux par des lianes. Des perches, sur lesquelles il faut faire des prodiges d’équilibre pour ne pas dégringoler dans la rivière, relient les branches entre elles. Si l’on tombe, on est sûr de s’empaler sur les bois morts qu’on aperçoit par-ci par-là à quelques centimètres sous l’eau.
Passage de la rivière sur le faîte des arbres.