De longues péroraisons succèdent à ma question, à laquelle il ne répond rien ; puis il me signifie qu’il ne me donnera pas de porteurs pour m’en retourner. Je pris congé de lui et de Karamokho et me retirai dans mon gourbi.

Une bonne tornade venait de mettre fin à cette discussion un peu orageuse, et j’étais décidé à partir à la première éclaircie. Une demi-heure après, au moment d’enfourcher mon mulet, un kokisi m’amène sept hommes pour porter mes bagages (trois peaux de bouc). Karamokho me demande de lui envoyer divers objets et me prie de les mettre à part pour que son père ne les lui prenne pas (sic).

Mon attitude énergique venait de me tirer de ce mauvais pas, et j’étais libre de m’en retourner à Bénokhobougoula, où mes tribulations allaient probablement recommencer.

Ce n’est pas sans une certaine satisfaction que je quittai le camp de l’almamy. Je me voyais déjà dans la situation de demi-captivité imposée à Mage et à Quintin, à Ségou, en 1862, et de la mission Gallieni, à Nango, en 1880-81.

Notre départ eut lieu à neuf heures du matin. A une heure de l’après-midi, nous arrivons à Natinian, où une forte tornade nous oblige à passer la journée.

Mes domestiques n’étaient pas moins heureux que moi ; ils craignaient qu’en résistant à Samory, ce dernier ne me fît un mauvais parti. « Si tu étais noir, me disait Diawé, Samory t’aurait coupé le cou, parce que tu n’es pas de son avis. » Je crois bien que mon garçon avait raison.

Samedi 1er octobre. — Comme à l’aller, j’arrive à Kourala par une pluie battante ; dans la soirée, j’ai un peu rôdé dans les villages ; il y règne une sourde effervescence, et beaucoup d’hommes, me dit-on, viennent de rallier la colonne de Tiéba. Beaucoup de Sénoufo jettent en passant un coup d’œil sur ma case, mais aucun d’eux n’est obséquieux du reste, je n’ai pas encore trop à me plaindre des curieux. Je lie conversation et cherche adroitement à me faire renseigner sans éveiller leur défiance, et, pour cela, je ne prends jamais de notes devant eux. Quelquefois, quand ils sont là depuis un moment et qu’il n’y a rien à en tirer, mon domestique Diawé les renvoie en leur disant que je vais me baigner, et tout le monde s’en va.

Il m’est quelquefois pénible cependant de supporter cet entourage : tous ces gens fument, prisent et chiquent devant moi ; quand ils se mouchent, ils s’essuient les doigts contre le mur ; s’ils crachent, c’est également contre le mur, ils ont alors soin d’étendre le crachat avec la main.

Comme je perdrais certainement mon temps en leur donnant une leçon de civilité, je ne dis rien, c’est le plus sage parti à prendre.

Dimanche 2 octobre. — Je m’arrête à Tiola, où j’arrive vers midi. A l’aller, je n’ai fait que traverser ce village, je me suis donc décidé à y faire étape ; d’autre part je vais tâcher de ne pas suivre tout à fait le même chemin pour le retour ; c’est du temps de perdu.