Aujourd’hui, son marché est peu fréquenté et la ville renferme autant de ruines que d’habitations.

Par sa position un peu excentrique, par rapport aux grands courants commerciaux auxquels donne lieu le trafic du sel ou du kola, cette région n’est guère coupée que par des chemins fréquentés se rendant de l’est à l’ouest, reliant le Fouta-Diallo au Ouassoulou et menant du Milo vers Ténetou et Ouolosébougou. Du temps de Caillié, en 1827, la route qui passe à Kankan et de là se rend à Maninian et à Sambatiguila était une des routes les plus fréquentées de cette partie du Soudan ; elle reliait directement Sierra-Leone aux marchés à kolas.

Aujourd’hui cette route n’existe plus ; elle s’est reportée plus au sud, pour traverser des régions plus peuplées, et de Kankan elle se dirige sur Kalankalan, Ouomalé, à travers le Ouorocoro sur Maninian.

IV. Quoique je n’aie pas eu l’occasion de traverser la partie des États de Samory que l’on est convenu d’appeler le Ouassoulou, j’ai cependant voulu rapporter tous les renseignements que j’ai pu recueillir, si imparfaits qu’ils soient, notre turbulent voisin Samory pouvant bien nous forcer un jour ou l’autre à lui faire la guerre dans cette région.

Le Ouassoulou comprend le Gouana, le Gouanediakha, le Baniakha, le Lenguésoro et le Bodougou.

Les limites sont : à l’ouest, le Sankarani ; au nord, les rivières Dji et Molou, affluents de gauche du Baoulé ; à l’est, une partie du Baoulé et le Yorobadougou ; et enfin au sud, une ligne qui se confond assez sensiblement avec l’itinéraire suivi en 1827 par Caillié pour se rendre de Kankan à Maninian.

Cette région n’a encore été traversée par aucun Européen ; tous les officiers envoyés en mission chez Samory n’ont fait que longer le Ouassoulou ; seul M. Bonnardot, de l’artillerie de marine, s’en est approché en se rendant de Siguiri à Niako. Nous avons cependant six points sur lesquels nous avons pu nous appuyer pour la construction de nos itinéraires par renseignements ; Kéniéra, capitaine Delanneau, 1882 ; Kankan et Bissandougou, Péroz et Plat, 1887 ; Kangouéla, Dialakourou et Niako, lieutenant Bonnardot, 1889.

Nous avons déjà dit, à propos de Kankan, que le Ouassoulou avait eu de nombreuses luttes à soutenir contre Kankan Mahmadou et ses fils, dont la puissance s’est brisée, en 1870, contre Kangouéla et Niako. Depuis, ce pays commençait à se relever, lorsque, en 1874, Samory commença une série d’expéditions qui le firent maître du Lenguésoro, du Bodougou et du Baniakha, qui se rendirent sans lutter. En 1882, Samory s’emparait, à son retour de Niagassola, du Gouanediakha et du Gouana, les deux dernières provinces qui n’avaient pas encore reconnu son autorité.

Le Ouassoulou et les petits pays qui constituent sa ceinture étaient, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire plus haut, jadis bien peuplés ; les habitants, presque tous métissés de Peul, élevaient des chevaux, des bœufs et quelques moutons ; les cultures étaient réputées comme les meilleures de cette partie du Soudan.

Arrosé par cinq grandes rivières et leurs affluents, ce pays ne pouvait être que fertile. Dans la région Sékou, Silouba, Kéniéra, les femmes lavaient même un peu d’or.