Aujourd’hui tout ceci a bien changé, depuis que Samory s’est emparé de ce pays relativement riche ; il n’a fait qu’en tirer des esclaves ; le pays n’est plus peuplé et ne possède plus rien ; les villages qui figurent sur ma carte n’ont plus que quelques sofas pour habitants, et les grands centres qui avaient des marchés sont réduits à l’état de modestes bourgades de trois cents à cinq cents habitants. Ce sont : Gouanafarba, Koussan, Dialakourou, Niako, Lenguésoro[29], Kangouéla, Sékou et Kalako.
Il existe, en effet, une grande voie commerciale, du nord au sud, entre le Sahara et cette partie du Soudan qui, dans ces dernières années, a surtout produit des esclaves.
Les marchandises venant du nord sont les chevaux et le sel ; celles qui viennent du sud sont le kola et les esclaves.
Les caravanes de captifs remontent vers le Bélédougou, le Kaarta, le Bakhounou, le Ségou et le Macina, où on les achète pour des chevaux que l’on se procure chez les peuples d’origine arabe, en échange de ces mêmes esclaves.
Un cheval qui vaut deux ou trois esclaves chez les Maures en vaut de six à dix dans le Kaarta et le Bélédougou, à Ouolosébougou dix à quinze, dans le Ouassoulou quinze à vingt.
Par contre, un esclave vaut d’autant plus cher qu’il se rapproche du Maroc. C’est la loi que subissent toutes les marchandises, dont le prix augmente en raison de l’éloignement du lieu de production.
On comprend que ce sont surtout les chevaux que les guerriers de Samory cherchent à se procurer, car ce sont principalement les cavaliers qui sèment la terreur et arrivent à capturer le plus grand nombre de prisonniers.
Tombouctou, l’Adrar et le Maroc doivent contenir des colonies entières de gens du Ouassoulou. Ceux qui restent dans le pays émigrent volontiers vers le Soudan français dès que Samory est en campagne.
Dans nos possessions, il y a plusieurs villages dont la population entière est originaire du Ouassoulou.
J’ai parlé tout à l’heure de l’origine peul de ces gens-là ; nous y reviendrons à l’occasion du grand exode des Foulbé vers le Soudan occidental.