Ces provinces étaient peuplées en partie de Bambara, de même origine que ceux du Ségou ; du reste, le Ségou dominait dans cette région en 1852, et en 1856 le Gantiédougou reconnaissait encore la suzeraineté du Ségou (voyez Barth, édition allemande, tome IV, page 577, et le [chapitre Tiong-i]).
Le reste de la population se composait de Mandé métissés de Peul de même origine que les Ouassoulounké et les habitants du Banimonotié ; ils se différenciaient de ceux-ci par leur nom de famille, qui est Soumantara, tandis que les autres sont Diallo, Diakhité, Sidibé et Sankaré.
Lorsqu’avec El-Hadj Omar, le Ségou devint province toucouleur, le Ganadougou s’en détacha et s’érigea en confédération qui reconnaissait comme souverain Dansénou, dont la résidence était Kounian (sur le Bagoé).
Le Ganadougou fut très prospère pendant le règne de Dansénou, jusqu’à l’époque où Tiéba (chef du Kénédougou) succédant à son père Daoula vint porter la guerre dans le pays, et s’empara de la partie du Ganadougou située sur la rive droite du Bagoé. La paix conclue ne l’empêcha pas de faire des incursions sur l’autre rive, quand le besoin d’esclaves se faisait sentir, de sorte que la partie du Ganadougou de la rive gauche du Baoulé était un pays soumis à des pillages perpétuels.
En 1883, Samory de son côté lança un de ses lieutenants, nommé Tari-Mori, dans la région entre Baoulé et Bagoé, dévasta tout, et emmena en esclavage ce que Tiéba avait épargné comme population. Il poussa ses colonnes jusque dans les pays tributaires du Ségou, le Bolé et le Baninko. Tiéba s’avança de son côté, dans le courant de 1886, jusqu’à Baffa et Diakha, à un jour de marche du Baoulé. C’est du reste ce qui fut une des causes de guerre entre Samory et Tiéba.
2o Les provinces Siène-ré et Sénoufo, qui comprennent le Sibirila, le Papélé, le Niénédougou et une partie du Fadougou, sur l’histoire desquelles nous n’avons pu apprendre que fort peu de choses ; leur sort a toujours été intimement lié à celui de Tiong-i, de Tengréla, de Ngokho et surtout de Bong et de Katon (Niéné).
En 1827-28, au moment du passage de Caillié, Tengréla était le centre le plus commerçant de la région, mais le chef du Niéné qui résidait à Tiong-i était très redouté, c’est même cette raison qui força les caravanes avec lesquelles voyageait notre compatriote de faire le crochet Débéna-Douassou-Ouarakana pour se rendre à Fala, où il a traversé le Bagoé.
La puissance du chef du Niéné est tombée avec la conquête du pays par le Ségou, mais Tengréla a conservé encore longtemps son indépendance, par suite d’alliances habiles avec les divers chefs du Follona et du Niéné. Après avoir lutté fort longtemps contre les lieutenants de Samory, Tiong-i et Tengréla ont accepté son protectorat en 1885 à la suite d’une campagne habilement menée par un guerrier, griot de Samory, nommé Amara Diali.
Aussitôt son départ, Tengréla a renvoyé les sofa de Samory et a recouvré son indépendance. A la mort de Ianokho, chef de Tengréla, son fils Mouça, mansa de Tengréla, a contracté pour se consolider sur son trône une alliance avec Samory, et a même conduit en personne un contingent à l’armée sous les murs de Sikasso. Le parti des Mandé-Dioula, qui est très important à Tengréla, en a été très mécontenté et, en voyant le siège de Sikasso tourner au profit de Tiéba, a fait rappeler Mouça et ses troupes et s’est donné entièrement à Tiéba. Telle était la situation au moment où je passais dans la région.
3o Le troisième groupe comprend : le Folou, le Kabadougou, le Noolou et le Yorobadougou. Ces quatre provinces, peuplées de Mandé Ouassoulounké, de Mandé Bambara et de Siène-ré, étaient trop morcelées pour offrir une grande résistance à Samory. Quand Diéri, chef du Yorobadougou, mourut au siège de Kankan où il assiégeait Kankan Mahmadou, vers 1860, l’autorité de cette famille se désagrégea. La composition hétérogène de ces populations, qui revendiquaient toutes trois le pouvoir, porta un coup funeste à cette confédération, et lorsqu’en 1884 Amara Diali s’y présenta, la conquête lui fut facile ; le pays fut mis à sac et toute la population vendue par Samory pour se procurer des chevaux.