On tue les bœufs et les moutons ; le vin de palme et le gin coulent à flots.
Très fréquemment aussi, j’ai vu des femmes porter une poupée en bois serrée dans le dos comme si c’était leur enfant. C’est, paraît-il, un remède infaillible contre la stérilité. Chez d’autres peuples, les Wolof par exemple, les jeunes filles portent aussi quelquefois, en guise d’enfant, un tibia d’animal orné de perles. Je n’ai jamais manqué l’occasion de demander à mon domestique Diawé ce que cela signifiait, afin de m’attirer cette réponse qui me faisait sourire chaque fois : « Ça il y a trop bon pour gagner petit ». Quels heureux peuples que ces noirs : ils ont des remèdes pour tout.
Le blanc est toujours une couleur fétiche. C’est ainsi qu’il y a des pierres et des arbres fétiches, et que certaines îles des lagunes près de Grand-Bassam sont considérées comme telles, à cause de quelques roches blanches qui s’y trouvent.
Les poules blanches sont d’excellents fétiches, et en avaler un œuf est toujours de bon augure.
Dans toute cette région, quand les indigènes ont à vous remercier pour un cadeau que vous leur avez fait, toute la famille et les amis viennent vous dire merci et déposer devant vous un petit caillou, une motte de terre ou encore une paille ou un morceau de bois, en disant « Naçio ».
Dans le Gourounsi j’avais déjà vu une pratique de ce genre ; les indigènes, pour vous demander un cadeau, vous mettent dans la main un de leurs instruments ou outils, ou bien vous le suspendent à l’épaule.
Les villages gan-ne et agni de l’Anno sont presque tous construits d’après un même type, et forment généralement une grande rue unique. Les habitations et leur ameublement sont analogues à ceux décrits dans le Bondoukou, mais construits avec moins de soin et mal entretenus. On trouve, dans presque tous les villages, un ou deux bancs d’une dizaine de mètres de longueur sur lesquels on s’assied pendant les veillées ; ces bancs sont aménagés tout simplement à l’aide de deux troncs d’arbres montés sur un chevalet ; l’un sert de siège et l’autre de dossier.
Les Gan-ne et les Agni ont aussi le banan ou benteng des Mandé, ce fameux hangar où les oisifs viennent se reposer pendant les heures chaudes. Le grenier de ces hangars sert de magasin à ignames ou à maïs.
L’Anno ne se nourrit pour ainsi dire que d’ignames et de bananes, les céréales n’y viennent pas. Ce pays a aussi fort peu de bétail ; cinq ou six villages à peine possèdent quelques vaches, les autres n’ont guère que des moutons et des chèvres.
Les abords des villages sont couverts de broussailles et de bois dans lesquels circulent d’étroits sentiers conduisant aux défrichements, jardins à bananes, à manioc, ou champs d’ignames. Ces deux végétaux forment la base de l’alimentation des peuplades forestières de l’Anno.